Interview de Mr Fouad Delici 4eme partie :Dans l’esprit de Mitterrand, le FIS, à travers un printemps algérien précoce, serait chassé du Pouvoir par ceux-là même qui l’avaient plébiscité

  Djaafar : La position des occidentaux et de la France dans tout ça ?

DF : La position de la France fut exprimée directement par la bouche de son Président François Mitterrand. Une position qui penchait certes  vers la poursuite du processus électoral mais avec pour objectif majeur de « vacciner l’intégrisme » pour reprendre les propos du Président français. Une position absolument machiavélique, qui pour être comprise nous renvoie forcément, ne serait-ce que grossièrement, aux conditions qui prévalaient à l’époque

               Le slogan « Pour une vie meilleure » justifiait dès l’année 1980 toutes les dépenses inutiles et dispendieuses des autorités publiques, engagées principalement dans les fromages de toutes sortes, les fruits exotiques et les équipements électroménagers. Les caisses du pays se vidèrent au moment où le prix du pétrole était au plus bas conséquence d’une stratégie américaine visant la destruction de l’URSS. La mise à genoux de l’Algérie ne fut pas un simple dommage collatéral, elle constituait un objectif, certes secondaire, mais toutefois prévu et attendu. L’ancien pays colonisateur désigné pour l’Algérie comme pays traitant ne ménageât point ses leçons et orientations. On peut pratiquement avancer sans un trop grand risque de se tromper que notre pays consentait au moment, d’abandonner sa souveraineté si faussement glorifiée encore de nos jours et pourtant si chèrement acquise. En échange, la France mitterrandienne  accordait sa garantie et ouvrait l’accès des marchés financiers à l’Algérie pour des emprunts à court terme lourds de conséquences.  

               L’Algérie se devait, Entre autres génuflexion, et dans une situation financière des plus contraignante,  de lancer la construction du centre commercial Riad El Feth dénommé par la vox populi ‘’Houbel’’. Près de six milliards de dollars canadien dans un investissement absolument improductif et en temps de disette, et ce n’est que la partie visible de l’iceberg. En effet, l’objectif est ailleurs. L’image d’un Boumediene se recueillant auprès de la tombe de l’Emir Abdelkader, symbole de la construction de l’Etat Algérien et de la résistance farouche du peuple algérien à la domination de la France coloniale avait fait son temps, bafouant dans le sillage les profondes convictions religieuses des Algériens qui au lieu et place de la Fatiha, récitée à proximité de la tombe du martyr conformément à la sunna, se réduisait dorénavant au dépôt d’une gerbe de fleurs auprès d’une flamme païenne et à l’ombre de statues d’un autre temps pour glorifier le sacrifice d’un soldat factice, réellement et absolument inconnu et pour cause.       

               Qu’importe, le pays s’engageait dans la modernité nous disait-on. Six milliards de dollars canadien en prime au formatage de notre mémoire  historique, à la pollution de notre patrimoine culturel, et aux meurtrissures occasionnées sur le corps de nos convictions religieuses constituait le prix de notre aliénation ou toute la structure identitaire de notre personnalité était maltraitée. Beaucoup de choses ont été également dites sur le côté préfabriqué des évènements d’octobre 1988 mais rien sur les tenants, aboutissants et commanditaires, nous y reviendrons peut être un jour, mais dans ce qui précède, il y a déjà matière à réflexion.

               Cependant, l’énormité du prix payé à l’ancien colon ne nous dispensait pas pour autant du remboursement des prêts octroyés, et pour ce faire, dès l’année 1990 et  sous le gouvernement de monsieur Mouloud HAMROUCHE l’Algérie eu recours au « reprofilage » de sa dette  et se devait d’entamer de véritables réformes de son économie pour faire face aux conséquences d’une situation financière des plus délicates (Les entreprises étaient déjà sujettes à l’AGI accordée presque une fois tous les deux ans et après charcutage par la tutelle d’une demande très souvent non maitrisée). Le prix du baril du pétrole étant toujours au plus bas, l’Algérie se rapprochait du pic de son service de la dette. Le pays était au bord de la cessation de paiement par suite des conditions et contraintes liées aux emprunts à court terme accordés par le club de Paris ou de Londres pour la dette privée et consenties à partir de 1986. La situation empira avec le départ du gouvernement HAMROUCHE et le séisme du 26 décembre 1991provoqua la panique avec les actions et conséquences que l’on sait.

               La France souhaitait donc la poursuite du processus électoral certes, mais non pas par souci de respecter la volonté du peuple algérien et les valeurs sensées être universelles dans le cas d’espèce et consacrées par « la démocratie française» , mais   l’ancien pays colonisateur saisissait l’occasion ainsi offerte pour vacciner selon ses déclarations l’intégrisme. Comment ? Le refus du rééchelonnement de la dette signifierait l’obligation du remboursement à terme des emprunts pour l’Algérie qui souffrant de l’absence de financement glisserait vers la cessation de paiement et ses conséquences (entre autres, l’impossibilité de faire fonctionner nos entreprises, toutes dépendantes de l’occident pour ses approvisionnements et particulièrement les pièces de rechange des équipements de production.) Le défaut de paiement de la dette publique contractée principalement auprès de la France justifierait, éventuellement même à postériori, l’acte II du plan matérialisé par un boycott économique des plus sévères à l’encontre de notre pays dans le but de pousser la population algérienne au chômage, à la misère, voire à la révolte. 

               Particulièrement étaient visés les militants, les sympathisants et d’une manière générale l’ensemble des Algériens ayant voté pour le FIS. Dans l’esprit de Mitterrand, le FIS, à travers  un printemps algérien précoce, serait chassé du Pouvoir par ceux-là même qui l’avaient plébiscité. L’échec « démocratique » de l’expérience de la « Doula Islamia » type sunnite en Algérie mettrait en échec toute velléité de projet similaire au sein des populations arabes et islamiques.

 Djaafar : Ce plan avait-il des chances de réussir ?

DF : Je ne saurais le dire même à postériori, mais il est certain que même si une révolution aurait pu être évitée, l’impact de la mesure sur l’esprit des Algériens aurait pu être important, comme il aurait pu tout aussi y glisser comme de l’eau de pluie sur des plumes de canard.

 Djaafar : Sommes-nous pour autant réellement menacé aujourd’hui d’une intervention étrangère ?

D.F : Pourquoi et dans quel but ? Qu’avons-nous à donner et que  reste- t-il à prendre ? Nos réserves de changes ? Trop peu, et du reste elles sont déjà prises.  Nos ressources énergétiques fossiles sont sous contrôle et autant pour notre soleil. Notre soumission sans conditions est une réalité, un fait et dans ce cadre, une démocratie en Algérie pourrait-elle assurer aux tuteurs de meilleures conditions ? Le doute est permis, d’où la recherche par l’occident de raffermir la stabilité du régime en place, tout en atténuant les oppositions et notamment celle des islamistes pouvant basculer dans la violence, par l’instauration d’un environnement plus libérale et en faisant participer autant que faire se peut les différents courants à la vie publique, à la vie politique. Une feuille de route plus sage, faisant dans l’anticipation si vous me comprenez.

 Djaafar : Votre appréciation sur la situation au Mali ?

D.F : L’implication française dans l’instabilité actuelle du Mali est certaine. Une situation qui ne semble pas cependant évoluer conformément aux plans tracés. Formons le vœux que la troupe algérienne ne soit pas engagée à terme dans le conflit au prétexte de libérer les otages algériens dont nous souhaitons et exigeons la libération qui doit être obtenue à travers des voies diplomatiques.

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