Interview de Mr Fouad Delici 3eme partie : la manipulation du Pouvoir surfant sur la manifestation organisée par le FFS en ce 2 janvier 1992

Djaafar : A vous écouter, notamment dans votre réponse à ma première question, vous semblez avoir une autre idée sur les « évènements » intervenus en Algérie dans les années 1992/1999.

D.F : Il serait plus juste de parler d’une grande conviction et pour être précis de certitude plutôt que d’une simple « autre idée ». En effet, dans ces évènements comme vous les nommez, transparait une volonté farouche du Pouvoir de détruire ou d’effacer des consciences non pas les vérités, mais leurs significations réelles, et c’est justement cet aspect des faits qui nous intéresse et dont  nous souhaiterions dévoiler  la profondeur pour une meilleure compréhension, voire une meilleure appréhension de la portée de l’évènement et espérer recentrer aux yeux des politiques et de tous ceux que le sujet intéresse, les responsabilités historiques des parties en conflits.

               Pour autant, je cadre mon analyse à l’intérieur d’un environnement purement politique, abandonnant les faits de guerre et toutes leurs conséquences à leurs acteurs, et bien que partisan et je le revendique, ma motivation par contre dans ce qui suit ne se veut nullement l’être, elle traduit simplement ma révolte, souvent mon dégout face à la grossièreté des subterfuges, du faux et de leurs objectifs.

               Le matraquage médiatique local ayant manifestement, moins perdu de son agressivité que de sa crédibilité, semble ne plus suffire à véhiculer la théorie propagandiste du Pouvoir qui innove en la matière en utilisant des moyens humains et parfois des supports médiatiques autrement plus consistants, pour une stratégie de communication qui semble porteuse parce que assurément plus pernicieuse. Cette nouvelle approche consiste à draper le cœur d’une vérité, du reste reconnue, dans des faits tout ce qu’il y a également de plus réels et authentiques pour donner naissance à une nouvelle mouture dont la résultante prendra une nouvelle direction, surtout un nouveau sens menant à une conclusion erronée voir totalement opposée à la réalité.

               Dans les faits, nul et personne du reste ne peut contester la victoire du FIS aux élections législatives de décembre 1991sans se rendre ridicule d’où ces tentatives grotesques destinées uniquement à en diminuer  l’ampleur et la portée (Victoire due à l’abstention) mais toutefois sans jamais remettre en cause son fondement et donc, nul intérêt pour nous de défoncer des portes ouvertes et de revenir sur un fait historique aujourd’hui bien établit mais, pour l’histoire et la mémoire de ceux à qui l’on prête la fetwa responsable du déclenchement de cette incommensurable tragédie, et nous pensons entre autres aux chouyoukhs CHERATI (Rahimahou ELLAH), ABBASSI et BENHADJ, nous nous devions d’entrouvrir le dossier, d’en exposer notre vérité en attendant que, le temps aidant, un wikileaks algérien rétablisse définitivement les faits et les responsabilités dans un réveil salvateur des consciences.

               Pour l’Algérien d’abord et avant tout, l’historien éventuellement ensuite, ou se situe l’essentiel ? Est-ce dans l’arrêt du processus électoral, ou est-ce dans le déclenchement de la guerre civile ? L’un n’est-il pas une réaction somme toute logique et presque compréhensible à l’autre comme s’évertue le Pouvoir actuellement à le faire admettre et ceci après avoir en vain durant des années cherché une phrase, une allusion permettant d’imputer directement le déclenchement de la guerre civile aux responsables du FIS ?

Après monsieur GHOZALI, monsieur BENOUARI ministre des finances à l’époque des faits, et dans une déclaration à une télévision suisse affirmait que l’arrêt du processus électoral, qu’il qualifie du reste comme étant une erreur, a conduit au déclenchement de la tragédie, au recul des libertés et à la régression économique en Algérie, déclaration s’inscrivant en droite ligne dans ce qui semble être la nouvelle stratégie du Pouvoir qui fait dans le mélange des genres.             

               Nonobstant la possibilité que les uns soient les autres et vice versa, il nous semble plus pragmatique et efficace de définir les responsabilités en portant  notre attention uniquement sur les évènements et les faits tels que nous les avions vécus sans s’intéresser aux personnes physiques, sans aucune allusion ou tentative d’identification des acteurs, du reste sans aucune importance dans l’introduction à ce que nous espérons être l’ouverture d’un débat sur la question. Notre unique intérêt consiste à poser la véritable problématique qui à nos yeux, différentie totalement l’acte mettant fin au processus électoral aux faits et agissements ayant déclenché la guerre civile.

               En effet, après avoir laissé des dizaines de morts sur les places publiques pour les raisons que l’on sait, après avoir été complètement décapité par l’emprisonnement injuste de la quasi-totalité de sa direction en cet été 1991, et après la grossière manœuvre destinée à lui imposer une nouvelle équipe managériale, le FIS ne bascula point pour autant dans la violence. Mieux, face à cette déferlante oppressante, et face à cette violence de l’indiscutable, violence du subit, la résistance pacifique s’organisait mue par une volonté farouche d’exister, d’exister légalement.

Et ainsi, le congrès de Batna et le 26 décembre furent. Que le peuple algérien dans son ensemble, que tous les militants et membres de la direction du FIS de l’époque, trouvent ici notre profonde reconnaissance et infime respect. Il n’y eu point de guerre civile. Les raisons ? Elles sont ou peuvent être multiples, mais la plus fondamentale, le facteur primordial nous semble résider dans le maintien dans la légalité du canal d’expression de cette frange de la société qui ainsi continuait à s’exprimer, en un mot à exister. Le FIS continuait légalement à activer, décompressait par l’action pragmatique de ses dirigeants les trop pleins de colères stériles pour canaliser les énergies matricielles de ses militants vers l’utile. La violence par contre découvrait son lieu de résidence,  elle venait, à travers ces évènements de juin et juillet 1991, de marquer son camp et son territoire.

               En comparaison, rien ne laissait présager un avenir aussi noir en cette soirée du 26 décembre 1991 lorsque Abdelkader HACHANI (Rahimahou ELLAH) devançant le ministère de l’intérieur, annonça les résultats du premier tour des premières élections législatives libres de l’Algérie indépendante. Quelques jours après, et alors que la jeune direction du FIS préparait la campagne pour le second tour des élections ou près de 250 de ses candidats étaient en ballotage favorable la nouvelle nous parvint. Le ministre de l’information en poste, feu Aboubakr BELKAID venait de réunir les responsables des titres de la presse nationale sous le thème «Quels sont les voies et moyens pour dissoudre le FIS ».

Nous avions compris dès lors que la réunion en question ne sollicitait en aucune façon le concours de la presse pour chercher ces « voies et moyens » mais, la décision étant prise de dissoudre le FIS et donc de mettre à mort le processus électoral, il fallait juste en informer les responsables des canards et leurs signifier le rôle à jouer dans l’aventure. (Voir l’éditorial d’El Forkane du jour et de la déclaration sur les ondes de la chaine III formulée dans le cadre de la campagne). L’affaire était donc entendue.

               On aurait pu cependant dissoudre le parti et s’arrêter à ce dictat, mais le souci probable de la justification de l’acte par-devant les pays occidentaux, obligeait les janviéristes à rechercher les formes et donc à s’encadrer dans la loi en vigueur pour opérer la dissolution par devant les tribunaux et donc forcément à produire les justificatifs nécessaires pour ce faire. Les yeux de la tête pour l’Algérie et son peuple que le cout de ces justificatifs, très peu pour ceux qui annonçaient être décidés à envoyer jusqu’à trois millions d’Algériens manger des pissenlits par la racine. Dans le cas d’espèce, le Pouvoir n’est pas une simple ivresse, c’est une véritable démence.   

               Nous avions observé et noté  la manipulation du Pouvoir surfant sur la manifestation organisée par le FFS en ce 2 janvier 1992  mais nous ne disposions encore d’aucune information sur les modalités de l’action (Les fameux voies et moyens) qui restaient encore obscures jusqu’au 9 janvier 1992 lorsque en gros, gras et à la une, El Watan ordonnait au Président Chadli BENDJEDID de démissionner (rien que cela). Nul besoin d’un dessin vous en conviendrez, et le 11 janvier 1992 confirmait ce dont nous étions persuadés. Dès l’arrivé officielle de feu Mohamed BOUDIAF au pays le 16 janvier, Abdelkader HACHANI réunit les nouveaux élus à la salle AFRIQUE pour s’entendre sur les dispositions à prendre.

Une lettre fut rédigée en direction du chef de la nouvelle instance illégitime qu’est le HCE à laquelle, malheureusement, le destinataire ne prit garde, destin oblige. Le dispositif de l’illégitimité était lancé, le pays s’installait confortablement dans le non droit. Sur le terrain, les mosquées ESSUNA de Bab El Oued au même titre que celle de Kouba étaient chaque vendredi encerclées étroitement par les bérets rouges, le siège de l’hebdomadaire El Forkane fut investi par la gendarmerie.  

               Voyant la tension monter et avec le souci ultime d’éviter l’embrasement qui semblait être recherché par le Pouvoir, les responsables des trois partis vainqueurs des élections législatives en l’occurrence messieurs Hocine AIT AHMED, Abdelhamid MEHRI et Abdelkader HACHANI se réunirent pour se concerter sur la situation et décider des mesures à prendre. Au vu de cette réunion, Abdelkader HACHANI me fit savoir que le Pouvoir cherchait à entrainer les militants du FIS en particulier dans son terrain de prédilection qu’est la violence et qu’il fallait tout faire pour éviter l’effusion de sang et se sortir du piège. Le responsable du bureau exécutif du FIS  signa à cet effet un communiqué demandant que l’on épargne le peuple algérien et commença ainsi que l’ensemble des cadres du parti à prêcher le calme à travers les mosquées conformément aux recommandations de la tripartite.

Le 22 janvier 1992, Abdelkader , homme de paix et dont les vertus et la droiture n’avaient d’égale que sa foi, son engagement et son patriotisme (il eut à le prouver une nouvelle fois à sa sortie de prison en militant dans le comité pour la paix) fut carrément enlevé en ce jour de mercredi au niveau de Bach Djerrah. Il fallait encore une fois décapiter le FIS et exciter davantage un corps privé de tête pour cueillir ses éventuelles dérives, avant  la mise à mort programmée. Depuis, les arrestations se multiplièrent à travers le territoire national pour déporter des dizaines de milliers d’algériens dans les camps du Sud provoquant la panique et laissant sur les routes, ceux qui avaient échappé aux rafles, comme une proie idéale à la clandestinité, et ensuite à l’attrait des maquis. Voulait-on vraiment qu’elle soit ? Ou cherchait on juste un peu de violence pour justifier  la dissolution du FIS ? Il n’empêche que la guerre civile fut et en aucune façon, au vu de ce qui précède, elle ne peut être qualifiée comme n’étant qu’une conséquence de l’arrêt du processus électoral.

Elle ne fut certainement pas désirée, mais elle demeure une conséquence de l’enchainement d’actes prémédités aux effets sous-estimés. Ce qui était et continue à étouffer, à étrangler tout autant de rage que de désespoir, c’est que cette politique, dont nous ne finissons pas d’en payer les méfaits était menée au nom de la liberté, de la démocratie, de l’émancipation de l’oppression et de l’exploitation. Cette politique de « sauvegarde » nous a fait boire le calice jusqu’à la lie et se propose encore aujourd’hui à nous défendre et nous sauver du démon de l’intervention étrangère. De grâce.  

Djaafar : La position des occidentaux et de la France dans tout ça ?            

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