Les Deportes de la Triple Peine

Vingt ans depuis l’ouverture des camps d’internement du grand sud algérien, près de seize depuis leur fermeture et le Pouvoir algérien continue à occulter totalement les faits. Un pouvoir qui ne s’assume point et qui refuse la reconnaissance officielle de l’existence de ces camps. Il se refuse à reconnaitre l’existence de ces milliers d’internés et le caractère de non droit ayant motivé leur internement. Niant le crime, il refuse de reconnaitre le côté inhumain des lieux d’internement ou des centaines de cas de contaminations par la radioactivité sont signalés au moment où l’Algérie revendique l’indemnisation de personnes contaminées dans les mêmes lieux après les essais nucléaires français. Déportation forcée, fournaise jusqu’à 70°C sous les tentes et irradiation radioactive furent pour des milliers d’Algériens une triple peine par simple mesure administrative. Quelle puissance et quel pouvoir que celui de l’administration algérienne piétinant la  justice et ses lois, la souveraineté et ses symboles.

Et, de la concorde à la réconciliation, il n’est nullement fait la moindre allusion à ce chapitre de l’histoire algérienne alors que les responsables de la mort de milliers d’algériens se voient absoudre de leurs crimes par le biais d’un texte concocté sur mesure par les décideurs au nom de la présidence et appuyé d’un référendum pour les besoins d’une légitimité insaisissable. Le refus des algériens à la mascarade s’est manifesté clairement à travers une abstention inégalée même par les élections législatives de 2007 tant décriés.

Les représentants de cette catégorie d’Algériens n’ont pourtant négligé aucun effort, écrivant à toutes les instances, rencontrant des personnalités politiques, chefs de partis, députés et notamment le chef de l’observatoire des droits de l’homme dont les promesses ne portaient pas plus loin que son bureau. Que pouvait-il en être de cet observatoire, ombiliqué au pouvoir, créé plus comme vitrine pour amuser la galerie occidentale d’un côté, faire à la mode du temps  de l’autre et constituer une rampe de lancement pour un responsable appelé peut être à succéder, encore une fois, à son prédécesseur mais cette fois ci dans l’animation de la « lutte antiterroriste » ou le non droit dans l’absolu.

Terrible cette humiliation de faire faire l’endroit et l’envers, le recto et le verso à une même personne pour dévoiler ou même mettre à nue des ambitions démesurées, camouflées à l’intérieur de combats pour des causes souvent nobles. Dans le cas de figure, cela sera uniquement une  bis repetita,  mais le sommet, un cas d’école, est enlevé par le ministre de la culture en exercice. On aurait pu confier à la personne n’importe quel autre portefeuille, mais pour la dame dont la défense de la langue, la culture, l’identité berbère semblait constituer l’engagement militant d’une vie, il fallait justement lui confier la culture pour voir le ministre suer en parlant la langue considérée jadis comme étant celle de l’occupant arabe, organisant, manageant  les festivités pour l’inauguration de la capitale de la culture islamique considérée quelques temps auparavant de médiévale, d’obscurantiste, servant au final un Pouvoir qu’elle semblait vouer aux enfers. Ne dit-on pas que chaque humain a son prix ? La dame a eu le sien, la cause berbère repassera.

Il faut avouer que pour les déportés du grand sud il n’y a pas encore la moindre offre de prix.  Le marché semble être couteux, même l’engagement pour une participation aux prochaines élections législatives ne constitue pas une humiliation assez forte pour faire une offre, car une transaction du genre n’est pas sans retour de manivelle pour ceux qui ont décidé de prendre exemple sur le nazisme pour se débarrasser d’un potentiel, un simple potentiel,  considéré à tort ou à raison, comme pouvant être dangereux pour les caïds. Dans le cas d’espèce on semble cependant être plus proche du stalinisme (pour les camps sibériens) que de l’hitlérisme dont la méthode n’était nullement utilisée contre les opposants nationaux.

Il existe heureusement des Algériens qui ont abandonné les honneurs et les feux de la scène et de la rampe par fidélité à leurs principes dont la justesse fut souvent reconnue,  comme toujours une fois mort, à travers leur oraison funèbre. A sa dernière demeure, Abdelhamid MEHRI, un homme de cette trempe et grandeur fut accompagné par les lâches qui n’avaient point le courage de leurs idées, les vendus dont les âmes, mal nées étaient faites pour servir, et d’autres, de cette trempe du défunt venus faire preuve de respect envers un homme, une sagesse, un courage, un algérien comme nous les aimons. De son vivant, nul ne s’offusqua de l’accueil qui lui fut réservé à l’aéroport d’Alger à son retour de St Egidio ou ses valises subirent une fouille déshonorante et ses affaires éparpillées à même le sol. Ce jour-là son passeport diplomatique et celui de sa femme leur furent retirés manu militari et avec quels propos et attitudes. Nul ne s’inquiéta par ailleurs de voir l’homme louer son domicile de toujours et prendre pour se loger un modeste appartement dont le but de faire des économies pour soigner sa femme malade sans se courber, en homme fier, en homme libre. Et tant qu’il y aura des hommes  

Ceci étant, le cheikh Ali BENHADJ fidèle lui aussi à ses principes, nul besoin ici de les rappeler, n’a pas assisté à l’enterrement de ce grand homme, refusant les rencontres malencontreuses des faux affligés, des culpabilisants, des clients, des télévisés et que sais-je encore, mais il a tenu, le lendemain matin à aller se recueillir au cimetière de Sidi Yahia et dans l’intimité sur la tombe du défunt. Le hasard voulu qu’il rencontre sur les lieux le fils de monsieur Abdelhamid et son gendre fils de l’ancien président CHADLI, auxquels il transmit ses sincères condoléances et à travers sa personne, celles de millions d’Algériens. Faisant l’unanimité, Abdelhamid a autant réussi sa vie que sa mort.

 

Saleh El Batni

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