Un homme, une œuvre

               Une si grosse œuvre, en si peu de temps. Une œuvre d’exception pour un jeune homme tout aussi exceptionnel. Pour apprécier, savourer et se délecter de l’architecture de l’ouvrage, il faut sans aucun doute l’avoir vécu intensément et de l’intérieur  ne serait ce qu’en simple ouvrier, qui plus est, de bout en bout. Nous avons eu cette immense chance d’avoir été de cette aventure que nous décrirons entièrement à terme.

               Cette fabuleuse campagne politique d’Abdelkader HACHANI pourrait être divisée en deux grandes périodes. La première va durer un peu moins de sept mois dont deux furent consacrés au redressement et à la remise en marche de la machine FIS réalisant ce faisant, l’affirmation de la nouvelle et jeune équipe à la tête du parti alors complètement à l’arrêt depuis l’action de déstabilisation et de domestication orchestrée par les services de sécurité et dont l’arrestation de l’ensemble des éléments de sa direction initiale en fut le coup d’envoi. Les cinq mois qui suivirent furent, avec comme toujours l’appui de la direction historique emprisonnée, alloués à la remise en ordre de bataille politique de l’institution FIS pour en fine lui faire réussir cette monumentale œuvre, absolument historique de se faire couronner de la souveraineté populaire librement exprimée et reconnue par les autorités elles mêmes à travers la publication du journal officiel numéro 01 du 04 janvier 1992 de la République Algérienne. Dans l’absolu, ce fut une première dans notre pays, fut elle si éphémère. Elle fut détruite par le droit de la force sous couvert du fallacieux slogan de ‘‘la sauvegarde de l’Algérie’’ au prix incommensurable de la valeur, si une valeur pouvait être attribuée aux centaines de milliers de morts, de blessés, de disparus, de déportés, d’emprisonnés, de torturés, d’handicapés, de veuves, d’orphelins, aux déchirures et meurtrissures de la société algérienne, à la destruction de l’économie, à l’abondant de la souveraineté nationale aujourd’hui lamentablement réduite au droit à la ‘‘préemption’’ par une janviériste affirmée et enfin, à la source de tous les maux, la consécration de l’informel politico-économique à la tête du pays, qui fut si dévastateur de par ailleurs.

               Notre lutte, nos sacrifices, notre engagement aujourd’hui encore et toujours  pour la consécration de l’état et la force du droit, ne pourront se mesurer qu’à l’aune de l’ampleur du massacre généralisé que les militants et sympathisants du FIS en particulier, que l’Algérie et son peuple en général ont subit. Une répression inégalée encore, dont le volume et la férocité lui confèrent un statut de tragiquement historique.

               Il est particulièrement nécessaire d’insister, de dire, de redire et de répéter qu’en ce 26 décembre 1991, le FIS avec à sa tête HACHANI avait réussi à s’approprier et non à se réapproprier la souveraineté populaire, sachant que depuis l’avènement de l’occupation française au moins, la parole fut confisquée aux Algériens. Le référendum du 03 juillet 1962 avait tout au plus consacré l’indépendance de l’Algérie du joug colonial. Le pays avait alors à sa tête un gouvernement provisoire qui bénéficiait lui de la légitimité révolutionnaire elle-même créditée d’une légitimité populaire implicite, en aucun cas remise en doute, mais toutefois jamais exprimée et pour cause. Le coup d’état de 1962 contre le gouvernement provisoire mit fin quant à lui à toute légitimité de quel ordre quelle soit dans notre jeune pays et se draper aujourd’hui encore de la légitimité révolutionnaire après ce coup de force de 1962 relève de la mystification.

               L’action politique d’Abdelkader HACHANI pour son pays et son peuple avait été ensuite brutalement interrompue par le double coup d’état du 11 janvier 1992 d’abord puis par son rocambolesque enlèvement du 22 janvier par les forces de sécurité. Il fut incarcéré par le seul fait du prince, plus de soixante cinq (65) mois durant, à la tristement célèbre prison de Serkadji ou il fut témoin malgré lui du massacre organisé de plus d’une centaine de ses frères et Co-militants comme TADJOURI, CHERATI, REMITE, KAOUANE et tous les autres.

               La deuxième période de son œuvre politique, à commencé dès sa libération en juillet 1997. Abdelkader s’est remis aussitôt au travail. La jeune équipe avec laquelle il avait travaillé, et qui l’avait tant soutenu dans l’œuvre de redressement du parti et dans la conduite du FIS vers la victoire du 26 décembre avait été complètement démantelée. Exilés, emprisonnés ou morts, très rares furent les retrouvailles. Il retourna cependant sur le terrain, cette fois en compagnie des anciens fondateurs du parti, les poids lourds que sont les BOUKHAMKHAM, DJEDDI, ABDELKADER, GUEMAZI et quelques autres, et entama son retour au combat politique avec son intégration au ‘‘comité pour la paix’’ qui comprenait quelques illustres personnages de la révolution algérienne et entre autres A.MEHRI ou A.BENBELLA par exemple. Il s’investit ensuite pleinement à l’élection présidentielle de 1999, pour le bénéfice du candidat Ahmed Taleb IBRAHIMI, dans une campagne absolument exemplaire dans tous ses compartiments et au cours de laquelle Abdelkader remobilisa les forces du FIS. Magnifique fut cette campagne qui permit de constater que l’essentiel des forces du FIS avait résisté à la bourrasque. Ces forces avaient peut être à un moment plié et pour cause, mais en aucun cas cédé.  Ensommeillées, elles demeuraient vivantes et bien là, fut entre autres l’un des constats majeurs enregistrés par les dirigeants du FIS au cours de cette belle campagne.

               L’après élection mit en scène ce que le pouvoir considérait comme ‘‘sa grande œuvre de rédemption’’. Abdelkader HACHANI ne s’opposait en aucun cas au principe convenu entre les deux parties pour promouvoir la réconciliation nationale. Il s’opposait à la réalité et contenu d’un deal dont on ignorait totalement les dispositions et qui plus est, tentait d’entrainer le FIS dans un process sans aucune mesure avec sa raison d’être. Le FIS à travers l’écrasante majorité de sa composante ne se sentait concerné ni de près ni de loin par un marché aux termes, faut-il encore le répéter, inconnus et pour Abdelkader en particulier, cette transaction de dupes n’engageait que ses promoteurs. Abdelkader me disait « qu’il ne fallait en aucun cas jouer avec le pouvoir sur son terrain. Il fallait absolument éviter de le suivre dans la sinuosité de ses chemins ou la violence, domaine de prédilection de toutes les dictatures du monde, constitue l’arme absolue de domination des peuples. Sur ce terrain, les dictatures ont pour eux tous les moyens pour vaincre. Il faut donc nécessairement mener le combat sur notre terrain, celui de la politique ou nous le battrons toujours et à tous les coups comme nous l’avons toujours fait. » Pour Abdelkader HACHANI la violence est contre productive et il y était fondamentalement opposé. Parce qu’il s’opposait à un pacte dégradant, avilissant même, Abdelkader HACHANI cet homme de paix et du comité pour la paix fut assassiné. Cheikh Ahmed Sahnoun à son sujet disait « le martyr est un don d’ALLAH qu’il faut au préalable mériter (pour l’obtenir) et Abdelkader l’a sans aucun doute mérité ».

               Finalement, tout ce dynamisme, ce pragmatisme, ce génie ou savoir faire, cette faculté à évaluer le potentiel de ses collaborateurs pour les utiliser pleinement et entièrement en fonction de leurs seules capacités et ce faisant rentabiliser totalement et efficacement leur énergie constituent un ensemble de qualité certes difficile à réunir chez un même homme, mais que l’on peut cependant quand même qualifier de dispositions techniques. Le plus fascinant chez Abdelkader restait son énorme sens des responsabilités extraordinairement contenu dans une sincérité absolue, presque candide avec pour seul leitmotive le désir de servir sa cause, ses idéaux, son parti. L’arrestation soudaine et inattendue de l’ensemble des leaders du FIS en ce 30 juin 1991 fut ressentie et vécue par les militants du parti comme ce brouillard épais qui arrive brusquement, obstrue la vue, efface les repères et fait perdre totalement le sens de l’orientation. Il faut avoir vécu ce vide sidéral, cette sensation d’abondant, ce sentiment d’errements  pour pouvoir mesurer toute l’ampleur et l’importance vitale pour l’institution FIS qu’avait constitué l’initiative de Abdelkader de rejoindre Alger, espace ou il était totalement méconnu, pour assumer une responsabilité loin d’être gagnée d’avance et sans le moindre calcul que celui de continuer l’œuvre de ses prédécesseurs au moment ou personne n’osait et ne savait ce qu’il fallait faire ou entreprendre, lorsque les questionnements n’étaient qu’une question de regards ou se lisait aisément toute l’incompréhension, l’égarement et l’appréhension face aux velléités putschistes des uns, à l’opportunisme des autres et au dictat des bourreaux.  Cette forte personnalité moulée dans une flexibilité et souplesse d’esprit qui font les grands hommes, n’avait pour unique objectif que d’extirper le FIS des mains des prédateurs en tous genres en le dotant d’une direction, d’un sens, pour en reformuler ensuite ses politiques  

               Je me suis toujours demandé ce qui aurait bien pu se passer sur la scène politique nationale sans cette prise de décision majeure, absolument historique de Abdelkader dont le commun des mortels ne mesure point son coté névralgique, si déterminant pour l’histoire contemporaine de notre nation. Cette décision d’aller à fond au charbon pour assumer une responsabilité dont il n’aurait jamais été blâmé s’il s’était contenté d’observer depuis Skikda les évènements politiques en cours.

               Tous ceux qui ont accompagné Abdelkader dans cette fabuleuse épopée en tire une fierté somme toute humaine et ne finissent point aujourd’hui encore de pleurer cette personnalité à la fois si douce, si compréhensive mais tout aussi tranchante  dans les grandes décisions affirmant une personnalité absolument hors du commun somme toute exemplaire.

               Abdelkader est il mort me susurre Mohamed IKHLEF qui fut de cette campagne ? Tu ne peux ignorer quand même que les martyrs ne meurent jamais ? Ils sont vivant auprès d’ALLAH dit le verset, alors personnellement  je ne pleure pas Abdelkader, je l’envie et beaucoup. Fasse ya ELLAH que mon martyr de frère intercède en ma faveur le jour du jugement dernier puisqu’il peut le faire pour soixante dix (70 ) de ses proches et parents. Amine.

DJEDDOU Mayara

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