Menace réelle ou simple coïncidence ?

               Vendredi 16 octobre 2015, 23h45. Ce petit quartier sur les hauteurs d’Alger  était calme, paisible. A la télé, une chaine algérienne privée déroulait la déclaration entière du responsable du RND lorsque le cadet des garçons pénétra dans la chambre des parents sans frapper, totalement troublé. Père, ils sont venus, ils sont venus, ils sont là! disait-il montrant du doigt la fenêtre. Il avait une tête méconnaissable, difficile à décrire et du reste, ce n’est pas l’objet. A travers les ouvertures des persiennes on pouvait alors observer les difficiles manœuvres qu’effectuait un fourgon Mercedes châssis long de la police pour se garer dans la rue étroite. Devant le fourgon, deux Nissan 4x4 carrosserie noire et vitres fumées s’étaient arrêtés une de chaque coté de l’artère l’obstruant  totalement.     

               Sans bouclier et casque, deux policiers en tenu d’intervention descendirent du Mercedes bleu alors que six civils, trois de chaque véhicule léger mirent pied à terre à partir des 4x4. Ils claquaient les portes en descendant de voitures, apostrophaient le propriétaire d’un atelier de maintenance de matériel informatique toujours ouvert, se parlaient à haute voix. Ils donnaient l’impression de vouloir faire du bruit, se faire voir.  

               Deux ou trois recommandations en direction des enfants, le temps d’enfiler un qamis pour être prêt à toute éventualité et le père retourna à la fenêtre. Quelques minutes puis un autre 4x4, un KIA aux couleurs conventionnelles de la police apparu, remontant très doucement à contre sens cette fois ci la petite ruelle enclavée au milieu des immeubles. Il s’arrêta à hauteur des deux véhicules noirs, une petite discussion, puis tout le convoi reparti. Le spectacle avait duré une quinzaine de minutes tout au plus.

               Dans l’obscurité, et malgré l’heure tardive, les voisins depuis les balcons ou les fenêtres n’en rataient pas une miette. Fausse alerte dit l’ainé au cadet pour le calmer. C’est sans doute un avertissement répondit le second car jamais avant, ou après l’arrestation du père en 1993, un tel déploiement de policiers dans le quartier enclavé qu’est le notre et en aucun cas ceux appartenant au corps des BRI. Pénétrer de nuit, sans raisons apparente au milieu d’immeubles éloignés des grandes artères n’est pas normal pour ce corps de la police. A cela il y a une raison insistait-il.  

               Calmement, l’ainé essayait de  persuader le garçon que ce n’était pas là une manière procédurale de ce corps même pour effectuer une menace aussi appuyée soit elle. En fait, le cadet revivait une scène, pour lui, extrêmement  traumatisante et dont il est sans aucun doute encore marqué considérant sa réaction. Une scène qu’il avait vécue en 1993, alors qu’il était âgé à peine de trois ans. Lors de cette arrestation extrêmement musclée ou il vit le visage en sang de son père suite aux coups reçus à l’intérieur de son propre domicile, vit et entendit sa mère hurler, ses frères crier et sa grand-mère envoyée au tapis par un pied en avant pour avoir voulu protéger son fils en s’interposant entre lui et ses agresseurs. Enlevé, le père disparu dans les cellules du sous sol et du non droit pour une détention au secret ou il connu des heures et jours durant, quelques variétés et spécialités extraites d’un menu des tortures si généreusement et impunément servies à des dizaines de milliers de jeunes algériens. Pendant quelques mois, pour la famille, l’homme portait le statut du disparu avant de réapparaitre, pale et maigre comme un clou, à la prison d’El Harrach pour un séjour imposé de quelques années.

               Présenté par trois fois devant l’une des tristement célèbres cours spéciales avec à l’appui à chaque fois un chef d’inculpation qui ferait aujourd’hui encore, rougir ou pâlir, c’est selon, un combattant de l’EI ou d’El Qaeda, il fut innocenté par trois fois. Ce ne fut pas la seule détention arbitraire. En janvier 1992 déjà, et toujours par le fait du prince, il fut incarcéré quelques mois au niveau de la prison de Serkadji. Les geôles de cette même prison l’accueillirent encore une fois pour un mois et demi en 2005 et toujours pour les mêmes raisons, les mêmes mobiles imaginaires.

               Ceci étant, l’homme n’est ni un assassin ni un voleur. Il n’est ni un corrupteur ni un corrompu. Il n’est ni un escroc ni un importateur véreux ayant abusé des deniers de l’état, de surfacturations frauduleuses, d’exonérations paranormales douanières ou fiscales. Il ne possède aucun bien immobilier ou tout autre actif en Algérie et outre mer, comme il n’a acheté et ne pouvait acheter aucune villa à Alger qu’il aurait démoli pour en construire une autre plus moderne et plus cossue sur les décombres de l’ancienne. L’homme toujours, ne détient aucune fonction lui permettant de recevoir ou d’octroyer des commissions tirées des marchés publics ou privés. Il ne détient aucun secret d’état susceptible d’être rendu public, tout comme il ne possède aucune arme qu’il pourrait livrer à un groupe terroriste. Pour autant, qui pourrait aujourd’hui encore retenir la justice de repeindre la logique de ‘‘la raison du plus fort’’, format La Fontaine, aux couleurs de ‘‘la raison d’état’’ pour emprisonner une nouvelle et encore une fois l’homme ? Quelles raisons et motifs absurdes version décennie des nineties seront alors formulés pour violer les principes constitutionnels de liberté tout court avec pour objectif d’entraver la  liberté d’expression réalisant ce faisant un 2 en 1 ? Force est de reconnaitre cependant que la parole, que l’expression de l’homme est libre, non tutéllisée par les clans, ce qui n’est pas courant, et elle le restera. Force aussi de reconnaitre que, loin de se limiter aux simples constats dans son approche critique des politiques publiques, il essaye toujours autant que faire se peut d’en pénétrer le cœur en vue d’en montrer les aspérités pour ensuite faire valoir les alternatives qu’il estime nécessaires donnant ce faisant une allure toujours constructive à ses propositions pour ne jamais s’égarer des espoirs de l’Algérie et de son peuple et seulement de l’Algérie et de son peuple. Force également est, de reconnaitre que l’homme exprime librement son soutien aux décisions qu’il estime être justes ou porteuses de valeurs ajoutées de quelques origines quelles soient comme il rejette aussi avec force le louvoiement pour le rétablissement de l’informel politique, même lorsqu’il rampe chez certains, déguisé sous le costume de la transition démocratique. Dans la mesure de ses moyens qui se limitent simplement à sa plume,  et pour la réalisation d’un véritable état de droit, une stabilité sereine de la nation et de son territoire, une réconciliation nationale réelle et un développement économique durable du pays, l’engagement de l’homme restera en cela entier et indéfectible. Pour autant, la crainte que l’état appelé civil (encore en construction) ne se transforme en un état policé, est tout à fait motivée considérant la démonstration de la menace sus décrite.

               Cependant, les convictions et préceptes enracinés dans la foi de l’homme, lui font obligation d’exprimer son opinion surtout lorsqu’elle s’oppose à la démarche politico-économique des pouvoirs publics qu’il estime improductive. Pire, elle serait même à terme déstabilisatrice à ses yeux et il renvoie à cet égard à l’article intitulé ‘‘Une catastrophe annoncée’’ pour y découvrir quelques éléments constitutifs ayant fondé son opinion.

               Le degré du nationalisme chez un individu ne se mesure point à son allégeance aveugle aux pouvoirs publics. La masse volumique du nationalisme dans ce cas de figure serait même inversement proportionnel à l’adhésion au chapitre économique mis en œuvre par le gouvernement et sur lequel il est toujours temps de revenir. Ce n’est point de la résistance aux changements, le changement est âprement demandé. Il est absolument indispensable et ce parallèlement à l’approche financière, (axée par ailleurs exclusivement sur la recherche de niches fiscales, négligeant entre autres la création d’institutions financières privées capables d’aspirer une très grande partie de l’épargne populaire pour globalisation et investissement dans l’économie) de s’engager dans des réformes structurelles profondes (au niveau de l’ensemble des institutions, financières notamment), socle constitutif d’une refonte managériale de qualité à éloigner absolument de la lutte clanique pour l’inscrire exclusivement au compte de l’actif de l’Algérie. Le conseil pour la concurrence en sommeil, une loi type Sherman serait la bienvenue pour régler légalement le problème des positions économiques dominantes dans le pays, et dans ce cadre, l’autorisation nécessaire pour l’accès à l’investissement, en cheminant la route du sucre, tendrait à nous mener à terme vers cette situation kenyane ou 8000 nationaux contrôleraient 62% des richesses du pays.

               L’année 2017 frappant aux portes, nous pouvons encore admettre ou à la limite concevoir aujourd’hui cette main, probablement salvatrice, tendue à ‘‘un ami’’. L’offre de cette main, destinée principalement à faire inverser sur le court terme la courbe du chômage dans l’hexagone, permettra ce faisant à ‘‘l’ami’’ de postuler à une deuxième magistrature suprême très compromise de par ailleurs. L’Algérie ne serait pas pour autant et en contre partie en droit, d’exiger un retour d’ascenseur sachant que les trois modèles de véhicules Peugeot proposés pour le montage en Algérie, sont très loin d’être à la hauteur de la mise et qui n’est pas unique loin s’en faut ?

               C’est dans ce sens et ces objectifs que l’homme promet indéniablement de poursuivre son action, marquant n’en déplaise ainsi son nationalisme, ignorant les menaces réelles ou supposées, intimement convaincu que tout ce qui pourrait lui arriver de mal, émanant de tout seigneur du droit de la force et de l’injustice, allègerait son fardeau si lourd de par ailleurs, du poids de ses pêchers. (Aucun bien en vous si vous ne le dites pas, et aucun bien en nous si nous ne l’acceptons pas) dixit ABU BAKR ESSEDIQ Radiya ELLAHOU aanhou.

DJEDDOU Mayara

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