La lutte contre l’extrémisme et la radicalisation Vérités et mensonges, Justice et Réconciliation

               Initiée par l'Algérie et encouragée par les Nations-Unies, la conférence internationale sur la lutte contre l’extrémisme et la dé-radicalisation constituera, selon ses initiateurs, «une opportunité pour présenter les principales actions menées par l'Algérie dans sa lutte contre le terrorisme et l'extrémisme». Elle sera «une occasion pour faire bénéficier les participants, dont des intervenants directs dans la lutte contre l’extrémisme et la radicalisation, véritables leviers du terrorisme, de l’expérience de l’Algérie dans son combat incessant contre ce phénomène transnational».  

               A l’exposé unilatéral sur cette ‘‘expérience’’ par le ministère des affaires étrangères, osons compléter la formation des étudiants en lutte contre l’extrémisme et la dé-radicalisation en leur offrant un des nombreux témoignages d’acteurs qui ont vécu et subit les évènements de juin 1991 d’abord avant de les conduire ensuite vers la découverte du labyrinthe des grosses manœuvres et du complot, responsables de la grande tragédie qui a marqué la fin du 20ème siècle.

La grève du FIS de mai 1991

                 Comme cela se fait partout dans le monde libre et conformément à la constitution algérienne de février 1989 et en signe de protestation contre une nouvelle loi instituant  un découpage électoral  jugé taillé sur mesure pour le parti du pouvoir, le front Islamique du Salut appela ses militants à observer des marches et sit-in sur les places publics.

               Cinq jours après le début de la grève politique qui faisait boule de neige, les dirigeants du Front Islamique du Salut furent conviés par le chef du gouvernement en exercice à une réunion de travail.

               En ce 30 mai 1991 au niveau de la résidence Djenane  El Mithaq à El Biar, messieurs  Abassi Madani  et Ali Benhadj, Président et vice Président du Front Islamique du Salut rencontrèrent monsieur Mouloud Hamrouche chef du gouvernement accompagné par le colonel Smail Lamari et le commandant Bouazza des services de renseignements (sic…).  

               Au terme de cette réunion, le Front Islamique du Salut fut officiellement autorisé  à tenir ses sit-in sur quatre places publiques à savoir celles de la place des martyrs, du 01 Mai, d’El Harrach et d’El Biar. 

               Trois jours plus tard, soit le 02 juin 1991, le gouvernement de monsieur Hamrouche tomba. Ce n’est pas tout. Dans  la nuit du 03 au 04 juin 1991, la gendarmerie fit irruption à l’intérieur des places publiques ou les manifestants furent surpris par l’ampleur de la répression pour la plus part dans leur sommeil. Il y eu une centaine de morts et de blessés à en croire la presse de l’époque.

               Nous restons convaincus par ailleurs que la présentation de l’expérience algérienne aux convives de la conférence sur la lutte contre l’extrémisme et la dé-radicalisation a fait l’impasse sur ces faits d’où l’absolue nécessité de restaurer pour la postérité l’évènement afin que les Algériens d’une manière générale, les militants du Front Islamique du Salut en particulier et  l’historien sachent et retiennent que les manifestations des militants du FIS, nonobstant le droit constitutionnel et international qui octroie le droit de manifester pacifiquement, étaient autorisées officiellement par le gouvernement en exercice à observer leur sit-in sur les places publiques sus citées. Les sit-in étaient donc des manifestations tout ce qu’il y a de plus légales. La répression par contre et par voie de conséquence, était juridiquement tout à fait illégale.  Elle fut l’œuvre de la gendarmerie soit un corps militaire. Monsieur Hamrouche selon nos informations, aurait refusé de faire déloger par ses services de sécurité du ministère de l’intérieur les manifestants, observant à cet effet son engagement de la réunion du 30 mai dont acte.

              Pourquoi faire assister à une réunion hautement politique et donc entre civils, des officiers du renseignement au lieu et place du ministre de l’intérieur par exemple ? Quelle autorité a décidé de revenir sur les engagements du chef du gouvernement et pourquoi ? Qui a fait chuter le gouvernement Hamrouche et pourquoi ? Qui à ordonné l’intervention surprise et l’utilisation de la force par les gendarmes dans les places publiques légalement occupées par des militants protestant pacifiquement contre la mise en œuvre d’une loi politique tendancieuse ? Qui a ordonné l’arrestation des dirigeants du FIS pour le fallacieux prétexte d’entrave à l’économie nationale ? Que se serait-il passé si les militants du FIS avaient décidé l’organisation d’opérations escargots ou de fermer l’accès à des entités économiques comme cela est courant dans les démocraties occidentales ?  Le président de la République du moment est mort, il aura certainement bon dos à moins que monsieur Hamrouche ose. Pour autant, certains ont estimés à la fin du mois de juin de la même année, que ‘‘les chars étaient dans la rue pour sauver la démocratie’’, entérinant et faisant leur l’adage de la vassalité : ‘‘la raison du plus fort est toujours la meilleure’’.

              Les dirigeants du Front Islamique du Salut et les militants du même Parti sont en droit aujourd’hui d’exiger l’ouverture d’un procès sur la question et ils le feront. La réhabilitation de la vérité demeurera toujours un engagement et un chapitre du programme du Front Islamique du Salut, pour l’honneur de la justice et du droit, pour l’honneur des martyrs et des acteurs d’évènements marqueurs de l’histoire de notre pays et du monde arabo-islamique.

Le complot sur la dissolution du FIS

               En 2014, le Financial Times observait : «Le régime algérien sclérosé, dominé par un establishment de l'ombre enraciné dans les milieux militaire et du renseignement, tire sa légitimité de la distribution de la «rente» hydrocarbures à travers des dépenses sociales rampantes»

              Sur sa page facebook d’avril 2015, Fayçal Qacem partageait : «Tous ceux qui analysent ce qui se passe actuellement dans les pays des «révolutions» sans qu’ils se réfèrent à ce qu’avaient fait les généraux algériens durant les années 90 tapent à côté. Dans les années 90, l’armée algérienne importait de Chine des barbes pour attribuer les attentats aux islamistes.»

               A ce propos, dans son édition du 07 janvier 1992 et sous le numéro 16, l’éditorialiste de l’hebdomadaire ‘‘EL FORKANE’’ du Front Islamique du Salut reprenant le Canard enchainé du 02 janvier 1992 écrivait sous le titre ‘‘Les regroupements d’intérêts’’ ce qui suit:

               « Dimanche 29 décembre, trois jours après le premier tour des élections législatives, deux avions Hercule de l’armée algérienne ont décollé d’Oran. A leur bord de curieux voyageurs barbus, que des militaires ont transporté jusqu’à Alger. Un autre Hercule aurait accomplit le même trajet lundi avec un nouveau convoi de barbus. En fait, il s’agit de vrai faux islamistes, la barbe leur tenant lieu d’uniforme que certains membre de l’état major algérien pourront utiliser s’ils le désirent pour monter des provocations contre le FIS. Cela ne relève pas du fantasme car en Algérie, la sécurité militaire et autres barbouzes ont souvent joués avec le feu.

               Le scénario possible auquel s’attendent plusieurs diplomates occidentaux et nombre d’algériens, certains en espérant la réussite d’ailleurs est le suivant :

               Des incidents provoqués et sanglants pendant les quinze premiers jours de l’année permettraient d’interdire le FIS ou, pour le moins, de reporter le second tour des législatives, prévu pour le 16 janvier. Ainsi les islamistes ne remporteraient pas la majorité à l’assemblée, et l’Algérie continuerait à vivre dans le provisoire, et peut être sous la férule de l’armée.

               Les dirigeants du FIS, qui ne veulent pas voir s’envoler leur victoire, prêche le calme à leurs militants et multiplient les déclarations conciliantes. Ce qui prête à sourire, mais l’ironie de l’histoire veut que la victoire de ces faux démocrates ne puisse résulter que de l’application normale de la démocratie. »

               Abandonnant le canard enchainé, l’éditorialiste  d’El Forkane poursuit :

               « D’autre part, dans une réunion avec les responsables de la presse nationale, le ministre de la communication (…..) Aurait pris la parole pour expliquer à ses auditeurs :

               ‘‘Qu’elles seraient les voies et moyens qui permettraient d’interdire le FIS’’ ce qui avouons le, poursuit El Forkane, ‘‘corrobore exactement les objectifs de l’information rapportée par le Canard Enchainé. Etrange coïncidence. Il est impensable qu’un ministre puisse tenir un langage d’une aussi grande gravité avec une facilité aussi déconcertante sans songer aux conséquences et implications de son discours qui s’il venait à être traduit concrètement, ne manquerait pas d’engager probablement l’Algérie dans un processus de guerre civile. »  Et la guerre civile fut :

               La réunion convoquée par le ministre de l’information n’était ouverte qu’aux seuls responsables de quelques publications pour éviter les fuites d’une part et informer ces derniers sur le programme  ‘‘des janviéristes’’ exigeant d’eux appui et soutien à la démarche. A cet effet, le 9 janvier 1992, un quotidien apostrophait durement le président ; ‘‘Chadli démissionnez’’ titrait-il en gros et gras sur sa une. Délit d’initié sans aucun doute mais starter d’une stratégie dont nous vivons aujourd’hui les conséquences tragiques. De toute évidence et pour rester dans le sujet, tous les ingrédients destinés à justifier une dissolution du FIS étaient donc réunis. Rappelons qu’en juin 2012, soit plus de vint ans après la publication de cet éditorial, un chroniqueur d’un quotidien algérien confirmait la réunion du ministre et des responsables des publications, ajoutant que le ministre aurait avoué à ses auditeurs  que les autorités estimaient à 60 000 morts le coût final de l’opération (Opération d’arrêt du processus électoral et de dissolution du Front Islamique du Salut s’entend). Plus tard, allant dans la surenchère gratuite, un général aurait été prêt à sacrifier 3 millions d’Algériens soit offrir un prix cinquante fois plus élevé que l’estimation initiale.

                « Il est aussi pour le moins curieux (poursuit l’éditorialiste d’ El Forkane) que le chef d’un parti politique qui se dit démocrate puisse juste après les résultats des législatives admettre sportivement sa défaite et trois jours après changer carrément de langage et de position pour appeler les Algériens à tout faire, et à utiliser tous les moyens pour sauver la démocratie. Comble du paradoxe, il a appelé ses militants à utiliser les mêmes moyens déjà usités par le FIS (Sit-in et marches). Pour le moins bizarre, il appelle aussi à la grève pour paralyser certaines activités économiques. »

                «  Le secrétaire général de l’UGTA sans consulter la base, prend la direction du CNSA, s’allie à des associations en tous genres et très petits partis politiques de tous bord pour appeler à l’arrêt du processus électoral engageant le syndicat dans une action politique qui n’est pas la sienne. »

               Après avoir décrit le sanglant scénario à venir, l’éditorialiste conclue :

               « Le Front Islamique du Salut ne peut être associé, ni de près ni de loin à toutes les manigances en train d’être concoctées dans les salons au détriment des intérêts du peuple tout comme il ne saurait de ce fait être tenu pour responsable des graves évènements qui pourraient survenir en Algérie. » En somme, un éditorial tout ce qu’il y a de prémonitoire.

               Très conscient du scénario, messieurs Ait Ahmed (qu’ALLAH lui prête vie), Mehri et Hachani (Rahimahoum ALLAH) chefs des trois et uniques partis vainqueurs des élections législatives décidèrent après leur réunion du 17 janvier 1992 d’appeler les Algériens à ne pas répondre aux provocations du Pouvoir. Abdelkader Hachani écrivit  une lettre au peuple algérien le remerciant d’avoir si largement exprimé sa confiance au Front Islamique du Salut à travers le scrutin du 26 décembre 1991 lui demandant en parallèle d’éviter de répondre aux provocations en s’armant de sagesse et de patience. Les députés  FIS nouvellement élus se réunirent le 19 janvier dans la salle de cinéma l’Afrique et rédigèrent en direction des autorités des lettres appelant au respect de la volonté populaire et à la non violence. Il y eu aussi cette fameuse lettre en direction de Mohamed Boudiaf installé depuis le 16 janvier 1992 illégalement à la tête d’un Haut Comité d’Etat encore plus illégal pour attirer son attention sur les évènements et l’informer sur son instrumentalisation, en vain. Abdelkader Hachani et son équipe multipliaient les actions pour appeler les Algériens au calme et dans un communiqué mémorable le responsable du bureau exécutif du FIS appela les militaires à éviter d’utiliser leurs armes contre le peuple algérien plus de 23 ans avant place Tahrir l’égyptienne et la révolution des jasmins. Abdelkader Hachani fut enlevé au quartier de Bachdjerah et enfermé dans la tristement célèbre prison de Serkadji le 22 janvier 1992, l’éditorialiste d’El Forkane fut arrêté le 25 janvier 1992 et enfermé le 27 du même mois à la même prison, Rabah Kébir et beaucoup d’autres subirent le même sort dès le 28 janvier 1992. Il fallait couper la tête du parti pour manipuler sa base toujours en vain. L’état d’urgence vint et les camps de concentration du Sud ouvrir une large campagne de chasse à l’homme.

               A l’examen de ce qui précède, il apparait clairement que la dissolution du FIS était décidé par les tenants du pouvoir réel. En gros le programme consistait à:

                              1-  Déposition du président de la république

                              2-  Mise en place du HCE

                              3-  Arrêt du processus électoral

                              4-  Dissolution du FIS

                              5-  Mise en place du CNT (Conseil national de transition)

                              6- Dissolution des assemblés élues remplacées par les DECT

La dissolution du FIS obéissait donc au schéma suivant :

1-      Les actes et acteurs de la violence étaient à en croire ‘‘le canard enchainé’’ en attente du feu vert dès le 30 décembre 1991.

2-      La couverture politique, nécessaire pour envelopper et camoufler la mystification du double coup d’état et de la violence programmée, serait assurée par la mise en place du ‘‘ Comité de sauvegarde de l’Algérie’’ avec à sa tête l’UGTA. Appartenant à la grande muette et donc muets par nature, les janviéristes avaient besoin pour s’exprimer du CNSA qui  endossait  également ce faisant, le rôle de porte parole des putschistes.

3-      Le soutien ou plus exactement la propagande médiatique tous azimuts en appuie au porte parole (CNSA), à l’asphyxie de la volonté populaire exprimée le 26 décembre 1991 et à l’apologie du HCE et des nouveaux maitres venait d’être mise en place par le ministre de l’information ?

               En mars fut prononcée à huit clos la dissolution du FIS par un tribunal algérois. Aucun témoin ne fut entendu par madame la juge qui prononça la sentence. La presse estimait que le dossier FIS était lourd alors qu’un avocat dévoilait que le dossier en question pesait moins de 25g ne comprenant que trois coupure de journaux pour étayer l’accusation.

Conclusion       

               Les auteurs et alliés de ce putsch, en sus des morts, des disparus, des blessés et déportés, des emprisonnés et atrocement torturés, partagent la haute responsabilité :

-         De l’enterrement de la démocratie en Algérie

-         D’avoir fait échec au passage du ‘‘Pouvoir’’ de la génération de novembre à celle de post indépendance qu’ils revendiquent aujourd’hui                        (Hachani avait 35 ans, moyenne d’âge de l’ensemble des militants du FIS à l’époque),

-          De la déstructuration de la société algérienne,

-         De la pauvreté intellectuelle et culturelle nonobstant la déperdition totale de tout ce qui est savoir et savoir faire au sein de l’ensemble des                      actuelles et non moins fausses institutions algériennes,

-         De cette condition de benêt d’une opposition préfabriquée nécessaire tout au plus à la décoration d’une lamentable scène de théâtre d’hombres,

-         De l’instauration de l’informel politico-économique, accompagnée de cette inversion d’échelle de l’ensemble des valeurs et principes de la                    société algérienne avec pour résultat terrible, ce régime, ces prédateurs.         

               Ceci étant, nous ne nous suffisons pas à juste rappeler ici ces faits aux algériens et membres de la conférence sur la lutte contre l’extrémisme. Nous avons envers nous même et envers l’ensemble des militants du FIS, le devoir d’interpeler les partisans de ‘‘l’état civil’’, le président de la république monsieur Bouteflika, leur rappelant qu’à l’heure des grands procès comme ceux de Khalifa, l’autoroute Est-Ouest ou Sonatrach, la révision du procès de dissolution du FIS soit courageusement acceptée et se doit d’être programmée. Qu’un procès en bonne et due forme soit organisé ou la recherche de la vérité convoquera l’ensemble des acteurs de la période pour un verdict juste et responsable qui fera muter le peuple algérien d’une réconciliera fictive, artificielle à une réconciliation naturelle, spontanée de l’institution de justice et du pouvoir politique avec son peuple. Cette action et la précédente constituent un point du volet ‘‘justice’’ du programme du Front Islamique du Salut. Au moment opportun, des juristes de renom auront à plancher sur la question.

DJEDDOU Mayara              

PJ : Editorial de l’hebdomadaire El FORKANE du samedi 7 janvier 1992

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