LA TRANSITION POLITIQUE ET SES GARANTIES

           

               Notre pays, nettement mieux situé géographiquement et pourvu d’infrastructures autrement plus denses que chez nos voisins n’attire plus que les sociétés étrangères mourantes ou les entreprises à potentiel fortement prédateur. Après le constructeur automobile Renault, le leader mondial en télécommunication le chinois HUAWEI, le français Peugeot vient de s’installer au Maroc avec un investissement de 539 millions d’euro.

               Contrairement aux affirmations des uns et des autres, ce n’est ni la législation économique et encore moins le climat des affaires en Algérie, du moins pour l’essentiel, qui constituent la cause majeure de  l’échec dans le drainage des investissements étrangers vers notre pays.  

               Ce flux préférentiel des investissements productifs étrangers en direction du Maroc constitue à la fois  la preuve irréfutable et la conséquence directe d’une instabilité politique chronique dans notre pays, fruit d’une guerre de leadership au sein et entre les clans du système avec pour finalité le contrôle d’une rente en net dégraissement.

               Toutes les gesticulations du gouvernement ou le défilé stérile des délégations étrangères ne pourront cacher une crise majeure, profondément structurelle et essentiellement politique au sein de notre pays et dont l’issue nécessite l’adhésion et le concours de l’ensemble des Algériens pour une véritable thérapie de groupe absolument nécessaire à un redressement de notre pays.

               Dictature classique depuis 1962, le coup d’état militaire du 11 janvier 1992 opéré contre la volonté populaire exprimée le 26 décembre 1991 a, sous le couvert de la lutte contre le terrorisme et l’état d’urgence, fait opérer à la dictature en une année à peine, une mutation inédite et extrêmement néfaste en octroyant l’ensemble de la gestion des affaires de l’état aux services de sécurité en général et aux services de renseignements en particulier.

               Les accords avec le FMI en 1994 et la libéralisation du commerce extérieur ont donné au nouveau pouvoir en sus du bâton, la carotte, aidant ce faisant à l’instauration dans le pays, d’un informel économique florissant mais bien contrôlé, utilisé pour arroser et  corrompre l’élite de l’ensemble des secteurs coiffant une société algérienne complètement meurtrie et déstructurée. Le pays fut ainsi immergé dans la cupidité, substituant le gain facile au travail productif, assurant cependant en contre partie au régime, un silence complice de ses  élites, le silence de la honte. 

               L’économie de bazar ou l’économie de prédation, source des malversations en tous genres, devenait année en année de plus en plus budgétivore chevauchant en parallèle avec la rente pétrolière jusqu’à atteindre les 60 milliards de dollars.

               S’attaquer aux effets et continuer à ignorer les causes du mal algérien revient à faire preuve de cécité, de complicité involontaire ou dans le pire des cas devenir les acteurs par procuration d’une guerre dont les tenants et aboutissants s’inscrivent totalement à contre sens des intérêts du peuple Algérien. Une guerre de leadership, insistons encore une fois, n’assurant dans l’absolu, à travers l’un ou l’autre des clans, que la pérennité du système en place.

               L’histoire de l’humanité a démontré que l’émancipation culturelle et économique des sociétés, fut de tout temps inversement proportionnelle à la durée de vie des dictatures de toutes sortes, militaires de surcroit, et à cet effet, le Front Islamique du Salut ne peut avancer dans un simple toilettage du régime, dans le simple ravalement de sa vitrine, ou même dans le lissage de ses politiques et ne peut absolument et en aucun cas constituer l’apanage à la crise algérienne.

               Dans ce cadre, le Front Islamique du Salut œuvrera et soutiendra pleinement toute initiative allant dans le sens d’un changement systémique. La justice et les libertés dans l’Islam, constituent le fondement voire, la substance vitale de l’exercice du Pouvoir, communément aujourd’hui appelées l’Etat de droit. Pour autant, le Front Islamique du Salut  n’engagera sa volonté et ses moyens que dans la seule direction de l’état de droit qui ne peut prendre forme qu’à l’intérieur d’une société moderne, une société réellement et purement civile à l’instar des grandes nations.

               Si l’on reproche à l’armée de s’être introduite dans la vie politique à travers le soutien apporté par une lettre du chef de l’état major au secrétaire général du FLN pour son élection, comment peut-on qualifier la demande faite à l’armée d’encadrer et de garantir la transition démocratique ? Ce parrainage de l’armée ne serait-il point dans l’absolu synonyme que de statuquo faisant de la transition politique une simple action de légitimation du système en cours ?

               C’est sous le slogan de sauvegarde et donc de garantie de la république que furent opérées toutes les dérives de la décennie sanglante et construit sur le socle d’une dictature existante l’un des régimes les plus occultes de l’histoire. Il est inutile de rappeler encore au 21ème siècle le bilan désastreux des victimes des violences comme de celui de l’ensemble des secteurs d’activité de ce pouvoir qui va pour la postérité constituer malheureusement la référence historique majeure de l’échec d’une dictature très particulière et de la folie de ses hommes. 

               Pour le Front Islamique du Salut, l’Etat de droit renvoi à une idée de justice et donc seule la justice, et considérant pour autant l’ensemble de ses faiblesses et de ses cordons ombilicaux, serait à même d’être investie pour plancher dans les affaires de droit. Sachant que tout pacte y compris celui régissant la transition politique reste d’abord un contrat, tout manquement aux dispositions contractuelles devrait être traité par la justice dont le fonctionnement offre plusieurs recours possibles, introduisant ce faisant l’action pacifique en cas de désaccord. Le cas échéant, la justice pourrait éventuellement garantir le respect des clauses par les uns et les autres en utilisant la force si nécessaire, celle de la police.

               L’Etat de droit devrait bien commencer un jour, avec nos seules moyens et pour ce qu’ils sont, tout en œuvrant chaque jour par l’action citoyenne à apporter les correctifs nécessaires à l’indépendance de la justice qui devrait constituer pour chaque Algérien un objectif stratégique. 

               La transition politique se doit d’être un processus de sortie de crise de l’Algérie. Elle concerne en premier chef et lieu le peuple algérien. L’action de l’opposition en direction des Algériens pour expliquer, faire comprendre et sensibiliser doit être soutenue. Aucune démarche, aucune méthode politique de sortie de crise ne peut être pérenne sans la participation et l’adhésion du peuple algérien qui reste en dernier ressort le véritable et l’unique garant de la réussite de la transition.

               L’armée avec tous ses départements, en particuliers celui du renseignement, devrait à l’instar des grandes armées du monde, se confiner à l’intérieur des dispositions que lui attribue la constitution de la république et ce faisant, nul ne pourrait plus qu’elle être plus garant de la stabilité du pays.

DJEDDOU Mayara

Français

Ajouter un commentaire

Plain text

  • Aucune balise HTML autorisée.
  • Les adresses de pages web et de courriels sont transformées en liens automatiquement.
  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.
CAPTCHA
Cette question sert à vérifier si vous êtes un visiteur humain afin d'éviter les soumissions automatisées spam.
1 + 0 =
Solve this simple math problem and enter the result. E.g. for 1+3, enter 4.