La problématique de la mise à mort de l’Algérie Histoire de comprendre ( 4 )

Les raisons d’une guerre ou les intérêts des clans :

                 Les clans étant identifiés, la ligne de démarcation tracée, il nous faut cependant connaitre les  enjeux hautement stratégiques ayant motivés cette guerre de pouvoir compte tenu de l’extrême sensibilité, et du pouvoir destructeur des armes utilisées. Elles ne vous tuent pas, elles détruisent votre âme pour faire de vous une loque, un zombie, un mort vivant.

                 En novembre 2008, lorsqu’on fit approuver par les deux chambres les amendements apportés à la constitution de 1996, l’entente et la concorde devaient, sans aucun doute possible, régner entre les clans. En fait, le clanisme ne semblait même pas exister. Ce jour fatidique vit le verrouillage à deux mandats de la législature présidentielle algérienne sauter et la présidence à vie ouverte.

                 Rappelons simplement pour la petite histoire, qu’au sein de la basse et de la haute chambre de l’époque siégeaient bon nombre de partis de l’opposition actuelle. Beaucoup d’entre eux votèrent les amendements, d’autres se sont abstenus (très petite minorité). Pour autant, les uns et les autres faisaient partie ou appartenaient à ces institutions, qui en toute occasion, ainsi fonctionnaient. Voter par oui, par non ou s’abstenir constituent les règles ou les termes uniques du jeu dans cet espace. Vous y étiez, vous avez voté ou vous vous êtes abstenu, vous êtes dans le jeu. Vous avez donc été complice, et de quelle complicité! Vous ne pouvez bénéficier, messieurs et partis politiques locataires de l’APN et du Sénat de cette législative de 2009 d’aucune, absolument aucune circonstance atténuante pour le cadeau empoisonné imposé au peuple algérien.

                 L’autoroute ayant été ouverte par les deux chambres, Bouteflika se faisait en avril 2009 et pour la troisième fois consécutive, plébisciter Président de la République Algérienne Démocratique et Populaire. Comment expliquer alors tout ce déchirement, toutes ces hostilités décrites précédemment, fruit de cette guerre des clans dont on ne voit pas encore aujourd’hui les signes d’épuisement ? Comment toute cette longue harmonie béate s’est elle transformée aussi rapidement, entre trois et quatre mois tout au plus, en une animosité aussi farouche ? Dix ans de coexistence pacifique excluent totalement le soupçon d’une fracture idéologique. Les raisons seraient donc ailleurs.

                 Il faudrait encore une fois revenir à l’année 2008 (Au temps des actifs toxiques, au temps de la faillite de grandes banques occidentales, de la bulle des subprimes etc…), et à ce fameux discours du président devant les élus locaux. Bouteflika avouait qu’en matière économique, le pouvoir s’était lourdement trompé ‘‘…en croyant aller au paradis, on se dirigeait vers l’enfer…’’ Y avait-il un souffleur étranger quelque part ? Il ne fut prêté aucune attention particulière à ces mots. Pour les plus intéressés, du moins chez ceux qui ‘‘devinrent les membres du clan adverse’’, cette affirmation du président comme du reste l’ensemble de son discours devaient probablement être versés dans le compte ‘‘consommation populaire’’. Mais, une fois élu pour le troisième mandat, le chef de l’état avait à s’occuper de la LFC 2009 (Loi de finance complémentaire pour l’année 2009). Dans cette loi, le pouvoir exécutif avait décidé de limiter le paiement, de l’ensemble des transactions avec l’étranger, exclusivement à la formule du crédit documentaire (CREDOC), interdisant l’utilisation des formules dites, remise documentaire (REMDOC) et transfert libre. Il fut également consigné dans cette loi que toute transaction commerciale (à l’intérieur du marché national) dont le montant était supérieur à cinq cent mille dinars (500 000,00) se devait d’être réglée par chèque. Plus tard, un décret avait aussi autorisé le recours aux SIE, ces entreprises multinationales qui faisaient en gros une sorte de travail douanier au niveau du port ou de l’aéroport d’embarquement de la marchandise à destination de l’Algérie. (La douane algérienne était ainsi pointée du doigt)

                 Il serait trop long d’expliquer ici en détail les mécanismes et l’impact sur les finances publiques et l’économie nationale de ces mesures, mais retenons en gros que sur le commerce national, l’obligation de l’utilisation du chèque permettrait une traçabilité du mouvement des capitaux et viendrait techniquement lutter principalement contre une bonne partie de l’évasion fiscale. Elle permettrait également de déranger quelques peu, l’absence de facturation dans les échanges commerciaux, pratique intimement liée au paiement par cash et s’inscrirait de ce fait, également, dans la lutte contre le commerce informel. Le Credoc, conjugué aux SIE, était destiné à lutter contre une partie de la surfacturation, du blanchiment d’argent et de la fuite des capitaux d’une manière générale. Il devait également permettre, conjugué à une dévaluation du dinar, à diminuer le volume des importations, et contribuer à l’élimination des petits et moyens importateurs qui, ne disposant pas d’un capital conséquent, utilisent principalement la formule du transfert libre, s’aidant pour ce faire du marché parallèle de la devise.   

                 L’utilisation du chèque pour les transactions supérieures à cinq cent mille dinars (500 000,00 DA) n’a jamais pu être mise en œuvre à l’inverse du Credoc qui eut tout de même droit à des réajustements vers la baisse, la pression étant trop forte. Dans ce cadre, et pour mesurer le degré de rejet  du Credoc, il y eu depuis la mise en œuvre de la LFC 2009, plusieurs centaines d’articles à travers l’ensemble des médias algériens dirigés contre l’utilisation de cette formule. L’option SIE, comme pour le chèque, ne fut en pratique selon nos informations jamais utilisée. Il n’y aura plus à s’étonner de la présence, du volume et de la variété des pétards de toutes sortes qui inondent nos rues lors des festivités du Mouloud, produits absolument et officiellement interdits ou la rocaille et détritus que l’on trouve dans les conteneurs en guise de marchandises. ‘‘Une marchandise’’ forcément dédouanée et le montant de sa facture transféré. 

                 Ces mesures furent donc perçues comme une véritable déclaration de guerre par les véritables rentiers, les maitres réels de l’import/export, ceux qui contrôlent l’ensemble du marché informel estimé par les experts à un montant de quelques 5000 milliards de dollars et qui ne fuient pas, ne reconnaissent tout simplement pas les lois. A leurs égards, les institutions fiscales et douanières sont totalement impuissantes. Les dispositions de la LFC 2009 furent  donc assimilées comme une trahison du chef de l’état et le deal d’avril 1999 mieux, celui de 2009 fut rompu. Bouteflika voulait la guerre, il l’aura.

                 Les enjeux de la guerre ? Rien finalement de hautement stratégique. Le contrôle de la rente simplement, le contrôle de la rente malheureusement, et dans le cas d’espèce, l’informel politique est absolument nécessaire à l’informel économique. L’un ne peut exister sans l’autre, et le plein contrôle de l’économique ne peut se faire sans le contrôle total du politique, et ce politique semblait se rebeller, prendre ses distances. Inconcevable pour les maitres du jeu, les maitres du système.            

Les armes du Président :

                 Cette guerre des clans, même si elle se poursuit encore, à l’issue définitive peut être encore incertaine, semble dans son essence, et du moins dans l’immédiat, avoir consacré le retour à l’ordre pyramidal ou en d’autres termes le retour à l’ordre fonctionnel et hiérarchique normal à l’intérieur des institutions. Si tel est le cas, n’ayons pas le complexe et osons affirmer que cette normalisation aura le mérite de faire respecter, ou tout au moins à faire assumer devant les Algériens les responsabilités et leurs frontières aux uns et aux autres et notamment au sein de la présidence et de l’armée. Osons crier qu’il est inadmissible, que l’organe d’un corps ou d’une institution quelconque, quelque soit son importance du reste, s’arroge un pouvoir aussi absolu, dirige et dicte ses ordres à l’ensemble des administrations du pays, mais aussi et surtout en direction du sommet de sa structure mère, qu’il caporalise. Absolument inconcevable parce qu’à terme réellement suicidaire que ce désordre dans la hiérarchie organique de l’état. On baigne dans une fiction totale mais de surcroit admise lorsque la presse et autres personnalités nous entretiennent et banalisent l’existence de ‘‘centre de décision’’, du ‘‘cœur du pouvoir’’, des ‘‘décideurs’’ des ‘‘laboratoires occultes’’, du ‘‘cabinet noir’’ etc…

                 Si tout un chacun, en bien heureux, certainement d’une manière inconsciente, a fini par accepter de vivre le coup d’état permanent, que dire des élites ? La pilule est amère, et elle le devient encore plus lorsque l’opposition focalise sur une structure indépendante de surveillance des élections. Rien que ça,  s’emparer d’une institution stérile, une coquille vide, pleinement soumise aux maitres de l’informel total (politico économique), aux maitres asphyxiants. L’institution convoitée, en immersion totale dans la gueule du pouvoir informel ne peut en aucun cas s’écarter de la voie tracée, c’est en somme comme si elle n’existait pas, dépourvue d’initiatives indépendantes qu’elle est. Ses occupants ne peuvent être que les écuyers des maitres, et pour autant, gare à la désobéissance, aux rebellions prétentieuses, le sort des présidents BENDJEDID, ZEROUAL, devrait inciter à la réflexion. Devenir président de la république revient à gouverner, mettre en place un programme, des politiques, une ambition, en aucun cas limiter la prise en charge de cette immense fonction à une migration du statut de clerc à celui de valet de luxe ?

                 L’issue définitive de cette lutte constitue à ne pas douter, quitte à nous répéter, un préalable incontournable à la survie du pays, à l’espoir d’un peuple, comme elle peut à l’inverse maintenir pour longtemps l’Algérie dans son coma profond.

                 Affligeant d’entendre la presse, les hommes politiques (de l’opposition), les hommes de loi, se limiter au constat, et refuser de s’impliquer dans la recherche des solutions à travers le débat proposé par le FLN sur le DRS désigné comme source du non droit, et continuer par ailleurs à crier sur tout les toits qu’une nouvelle constitution n’est pas la priorité parce que le problème en Algérie réside dans la non application des lois. Quand bien même, le pays entier baigne dans un informel politique et économique généralisé, une situation forcément de non droit, mieux, une anarchie  tyrannique, bien amusée par les gesticulations effarouchées d’une opposition sous contrôle.

                 Il est impératif d’hiérarchiser les priorités pour la remise en ordre du pays Algérie. Revenir à l’ordre des choses et remettre en ordre l’ensemble des pouvoirs fonctionnels et hiérarchiques des institutions du pays. Un vaste chantier à entreprendre et à réussir sans lequel aucun programme de développement ne peut se concevoir, ne peut aboutir, ne peut être viable. Le statuquo, c’est mourir noyé dans cet immense océan qu’est l’informel politique à la fois source et régisseur du non droit.        

                 Dans ce cadre, et strictement dans ce cadre, l’engagement de l’institution militaire dans cette lutte des clans en cours ne peut être assimilé dans l’absolue à un positionnement clanique (nous traitons de l’institution, en aucun cas de ses locataires, leurs motivations, leurs stimulants). L’institution le fait d’abord et avant tout pour elle-même, sa vitalité, sa pérennité, pour la santé et la remise en ordre de bataille de l’ensemble de ses articulations. Elle assure son ordre pyramidal d’une part, avant de pouvoir assurer celui des autres institutions, de la présidence entre autres d’autre part. Il était impératif pour l’armée de retrouver son ordre fonctionnel et hiérarchique pour contrecarrer ensuite la mise en œuvre en cours d’un coup d’état destiné à pérenniser la rente, à ruiner un pays. Sans une armée, osons le mot, républicaine, comment pouvoir mettre à la retraite les puissants souverains de l’informel global ? Les membres du coup d’état permanent, en exercice au moins depuis 1993 ? Par simple décret peut être ?

                 Le clan présidentiel a aussi bénéficié de l’appui occidental et pour cause. L’économie de bazar ne sied nullement à la coopération avec les pays occidentaux en général et avec la France en particulier déclassée par la Chine du rang de premier fournisseur de l’Algérie. A l’exception de l’Allemagne, les entreprises européennes dépassées se sont confinées dans une activité économique dite tertiaire. Elles activent principalement dans les services dont les produits ne s’exportent pas comme une marchandise pour être revendus en l’état. Les services, mal à l’aise dans le contexte ‘‘économique informel’’ algérien étaient inadaptés et ne pouvaient librement, en toute transparence, dans une saine concurrence, coloniser le marché algérien. Elles ont besoin de s’établir à l’intérieur d’économies formelles, généralement en expansion, en aucun cas dans les souks. Mieux, en panne de marchés en France même, en Europe, dans le monde, les entreprises françaises avaient besoin d’un marché exclusivement taillé pour elles, créé pour elles, et les observateurs économiques avaient en leur temps rapporté le sauvetage par les autorités algériennes de la société française Alstom (2004), il fallait pour ce faire mettre les deux mains dans les poches pour remplir le carnet de commande d’une boite (environ 130 000 employés à travers le monde) en train de rendre l’âme. Près de 500 entreprises françaises sont installées en Algérie exerçant principalement dans les services, ne faisant bénéficier l’Algérie du moindre centime à l’exportation.               

                 Parce que les intérêts divergeaient, la France avait marqué son refus aux évènements putschistes en cours en Algérie et proférait même des menaces, aisées à comprendre, en réactivant pour la circonstance l’épouvantail de l’affaire sur l’assassinat des moines de Tibhirine. Œil pour œil, le pouvoir des 95% répondait en menaçant de faire voter une loi criminalisant le colonialisme français. Echec et mat ? Non, juste une mise en situation d’échec, d’équilibre.

                 Il faudrait se remémorer également le message de Hillary Clinton alors secrétaire d’état au foreign office américain lors de son passage à Alger en mars 2012 pour comprendre les motivations et les raisons de l’appui occidental au clan présidentiel.

                  «Je vois la société à travers trois piliers, le premier un gouvernement qui rend compte, qui est responsable et crée des opportunités pour la population, le deuxième pilier c'est un secteur privé brillant, dynamique et qui s'ouvre sur le monde pour créer des opportunités d'emplois pour la population, enfin le troisième pilier c'est la société civile qui travaille sans relâche pour créer les conditions de vie quotidienne aux citoyens.»

                 «Les Etats-Unis d'Amérique veulent participer au dialogue avec ces trois piliers pour observer et voir tous ces changements et tous ces progrès se produire».

                                 Très au fait des évènements, les USA étaient en avance sur la France pour exprimer officiellement leur refus plein et entier au ‘‘coup d’état à blanc’’ en cours depuis 2009 à l’intérieur de nos terre. Le premier pilier de Clinton positionne son pays et donc l’occident fermement contre l’informel politique et la prochaine constitution devrait corriger bien des écarts sur le fonctionnement du système politique algérien. Les USA voulaient un gouvernement qui rend compte, qui est responsable, ce dont ne peut s’en prévaloir le pouvoir informel, un pouvoir fantôme (L’injonction est clair, ses destinataires tout autant). La politique économique en cours dans notre pays, avec son ‘‘secteur privé dynamique’’ (Rebrab, Haddad et les autres) et ouvert sur l’étranger, consacre à bien des égards l’orientation du deuxième pilier de madame. Et les USA veulent voir ces changements se produire. Le premier pilier semble avoir été exécuté, le second et le troisième sont en cours.

                 Bouteflika a aussi bénéficié pleinement et grassement de la situation qui prévalait dans le monde arabe, de la baraka du printemps arabe. En effet, les occidentaux étaient persuadés que l’informel économique, couplé au désordre institutionnel généralisé en Algérie était en train de conduire le pays vers une explosion sociale qui installerait durablement l’Algérie dans une grande instabilité et priverait de ce fait, un occident en crise, des ressources algériennes en générale et énergétiques en particulier. L’Europe notamment, qui souhaite diminuer sa dépendance énergétique envers la Russie de Poutine, a tout intérêt à conserver une Algérie stable que la politique de l’informel ne garantie pas. Plus grave, une déstabilisation de notre pays fonctionnerait indubitablement selon la théorie des dominos, et l’embrasement du Maghreb, du Sahel ne seraient absolument pas une vue de l’esprit. Le gaz de schiste dans le cas de figure est un détail, l’occident à travers la stabilité veut plus, il veut absolument tout. Pour autant, et sans vouloir défoncer une porte ouverte, l’appui occidental au chef de l’état algérien répond intrinsèquement à des intérêts économiques et surtout hautement stratégiques, en aucun cas par amitié, respect du droit ou de la légalité.

DJEDDOU Mayara

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