La problématique de la mise à mort de l’Algérie Histoire de comprendre ( 2 )

L’année 2012 commença avec le retrait du MSP de l’alliance présidentielle (01 janvier). Pourquoi ? Il semblerait que le parti était appelé à assumer d’autres missions, et principalement celle d’exécuter une nouvelle partition au sein d’un nouvel orchestre en cours de formation. 2012 fut aussi l’année ou le RCD et le MSP (encore) changèrent dans la plus grande sérénité de leaders au moment ou contestataires, redresseurs, légalistes etc… au sein des appareils du FLN et du RND se livraient une bataille de succession acharnée par suite de la mise en minorité de leur chef respectif.

Cette année fut également celle de la grande dépression pour les partis islamistes légaux qui laissèrent beaucoup de plumes dans les élections législatives de mai. Pour autant, et pour marquer encore plus, définitivement devrions nous dire, le caractère de rejet national du pouvoir en place qualifié de fraudeur après les élections législatives du 10 mai (Comme si cette fraude était la première du genre), des actions de rassemblement et d’organisation dynamisent l’activité politique de ‘‘l’opposition’’ toutes tendances confondues au moment ou les partis traditionnellement acquis au pouvoir comme le FLN et le RND connaissent des malaises internes préfabriqués avec pour effet recherché de rendre ces appareils complètement inopérants et transparents sur la scène politique agissante.

Le FLN et le RND faisaient désormais du surplace. Ils étaient entrés en hibernation politique et ce faisant, place nette était confectionnée à une opposition en recomposition artificielle, appelée à occuper seule le terrain politique avec pour mission l’étouffement de l’exécutif d’une part et la mobilisation populaire d’autre part. A en croire certaines sources, les nécessaires changements opérés à la tête de certains partis constituaient des arrangements obligatoires destinés à préparer, et enfin à crédibiliser le regroupement de cette opposition. Cependant, parce que faussement conceptuel, plus formel et théâtral que réel, parce que ses composants ont toujours vécu, pour certains même nés au sein des arcanes du pouvoir, ce rassemblement virtuel de partis, préfabriqué et chargé de tenir le rôle de l’opposition ne savait pas y faire. Il ne pouvait opérer un dépassement qualitatif de sa nature d’être. Il n’était pas dans son élément naturel. Il ne pouvait donc forcément pas faire plus que ce qu’il savait faire, de la simple gesticulation et agitation politiques de salon. C’était cependant suffisant, ce rassemblement était moins chargé de polluer l’activité gouvernementale que de faire croire à l’existence d’un unanimisme politique général, sans faille à l’intérieur du pays, pour une seule et unique revendication, le départ du chef de l’état .

Evidemment, cela va s’en dire, on le devine aisément, d’autres partis politiques à l’instar du FLN et du RND, soupçonnés à tord ou à raison de pouvoir contrecarrer le déroulement de la grande kermesse en cours furent, très loin des projecteurs faut-il le préciser, la proie à d’intenses déstabilisations. En d’autres temps et lieux, en cause avec d’autres évènements bien sûr, Abdelkader HACHANI, ce monument et martyr disait : « Ce n’est pas avec ceux-là qu’Allah nous donnera la victoire ». Absolument rien à redire Cheikh.

L’année fut également vraiment et absolument exceptionnelle en ce sens ou additivement à ce qui précède, une véritable avalanche de télévisions privées vit le jour dans un espace pourtant hermétiquement fermé. En effet, des chaines de télévision offshores, émettant pour la plus part à partir de la Jordanie, venaient couvrir l’ensemble de l’actualité algérienne. Algériennes, mais de droit forcément étranger, avec quelle accréditation fonctionnaient ces télévisions ? Comment s’acquittaient-elles des redevances d’hébergement sur les satellites Nilesat et Hotbird ? Qu’importe, là n’est point l’objet de notre préoccupation, si ce n’est que cette intrusion aux forceps (absence de législation) et ce financement occulte (en toute impunité faut-il encore le souligner) posent le problème de l’indépendance de ces médias, et à fortiori la question de l’identité réelle des donneurs d’ordres. Dans ce contexte, et parce que nous, algériens, vivons 24 heures sur 24 dans l’ambiance unique d’entre les prières d’El Ichaa et celle du Fedjr, parce que nous y sommes né, probablement au même titre du reste que nos pères, l’obscurité et l’opacité constituent notre milieu naturel. La lumière, la transparence, ne sont même pas pour nous un luxe, ceux sont des concepts théoriques, imaginaires et donc irréels.

L’identification des objets et des êtres, comme du reste celle des manipulations et des magouilles pour l’homme des ténèbres que je suis, que nous sommes, passe obligatoirement et principalement par le toucher et seulement quand nous avons l’occasion de le faire. Pour s’essayer au discernement du ‘‘qui est qui, qui est avec qui, qui est contre qui, qui roule pour qui’’ dans ce foisonnement médiatique audiovisuel, il n’y a d’autre moyen que celui de palper convenablement, avec soin, les lignes éditoriales de ces chaines. De par notre expérience et savoir faire naturel d’hommes de la nuit, nous arriverons à reconnaitre plus ou moins aisément à partir de l’aspect rugueux ou lisse, mal ou bienveillant, arrondi ou difforme de la ‘‘chose’’, la nature et l’ambition des occupants du poste de pilotage. Il devient alors facile pour chacun d’entre nous d’appréhender au moins le pourquoi de cette ouverture médiatique, intentionnellement non annoncée parce que destinée en prime time à en faire profiter les initiés et avertis d’abord. Il s’agit probablement de commandes placées.

En effet, il est facile de comprendre, qu’à l’instar d’un parti politique, on ne pouvait pousser le bouchon jusqu’à demander, plutôt à ordonner, à une chaine de télévision publique (ici en l’occurrence l’ENTV) de passer dans l’opposition et de s’attaquer à la discursive de l’exécutif et du clan présidentiel (comble du burlesque). Mais, considérant le côté névralgique de cet outil qu’est la télévision, l’introduction dans l’espace médiatique national de ces nouvelles chaines ne constituait pas une simple nécessité, l’arrivé ou l’entrée de ces médias devenait, dans la nouvelle donne, hautement stratégique pour le façonnement de l’opinion, son entrainement et adhésion au coté de la nouvelle opposition, au marché révélé par le conseiller du président français (départ de Bouteflika).

Pour l’opposition, ce fut une véritable aubaine. Elle n’eut à faire aucun effort dans la réalisation de cette opération extrêmement profitable. Son discours était très bien et fortement relayé, très souvent aussi repris sous une thématique étudiée, travaillée et amplifiée par des professionnels avant d’être servi aux meilleurs temps d’écoute à la population. Si l’opposition en général était convenablement commercialisée, ces chaines offraient également une véritable bouffée d’oxygène aux Algériens qui enfin échappaient au carcan de l’unique ne serait ce que par la liberté du ton (très agressif à l’encontre de l’exécutif) et la diversité de la couverture.

De l’autre coté, le clan présidentiel en particulier et le gouvernement en général en prenait pour leur grade. Malmené par ce déferlement d’informations de toute sorte avec la reprise par ces nouveaux médias lourds des dossiers de corruption, de malversation, de gaspillage, de médiocrité généralisée du fonctionnement de la quasi-totalité des institutions étatiques, de la mal vie de la population, l’exécutif subissait et arrondissait le dos pour laisser passer le vent en s’emmurant dans le silence. Pas pour longtemps du reste, la résistance avait atteint ses limites et cela arriva au début du mois de mai. A quelques heures des élections législatives, le timing semble avoir été bien choisi, tomba le fameux ‘‘TAB EDJNANA’’. C’est ainsi que le président de la république formulait publiquement sa capitulation. Signifiait-il de cette façon à ses adversaires qu’il était vaincu, qu’il ne se présenterait pas pour une quatrième législature et faire baisser de cette façon l’immense pression exercée sur sa personne et son entourage ? Absolument pas, c’est faut –il le souligner, pour laver bien blanc, du moins en apparence, que le départ du président fut programmé pour la fin de sa troisième législature (Il ne devait pas se présenter à un quatrième mandat).

Ce départ étant la substance même de la transaction imposée au chef de l’état en 2010 déjà (selon le conseiller de l’Elysée), les ordonnateurs du contrat, bien placés pour en connaitre la teneur, n’avaient donc nullement besoin de cet aveu. Cependant, tout prête à penser que cette déclaration constituait quand même une clause contractuelle. Elle était destinée à transformer les termes d’un contrat secret, en un ‘‘engagement’’ solennel, forcément public du chef de l’état. Ce faisant, ce dernier annonçait en direction des Algériens, l’absence de sa candidature aux élections présidentielles d’Avril 2014, et du coup, contrairement à ses prédécesseurs ayant eu à abandonner en route leur législature, Bouteflika avait trouvé les termes qui, dans son esprit, lui confectionnaient une porte de sortie honorable permettant de sauvegarder un égo par ailleurs fortement piétiné.

Le gouvernement de Ouyahia rendit l’âme le 03 septembre au moment ou les préparatifs pour accueillir en décembre le président français fraichement élu battaient leur plein. L’année 2013 enregistra en janvier le départ officiel de Ouyahia du RND et de celui d’Abdelaziz Belkhadem. C’est aussi en ce mois de janvier de l’année 2013 que les troupes françaises envahirent le Mali pour nous dit-on combattre ‘‘le terrorisme’’ (opération ‘‘serval’’), et toujours en ce mois, fut votée la loi rendant licite la prospection et l’exploitation du gaz de schiste, et, au mois d’avril le président eut son AVC ; salvateur ? allez savoir, les voies du seigneur sont impénétrables dit l’adage.

En Algérie, Bouteflika était donné par la rumeur, pendant les premiers jours qui suivirent son évacuation en France par suite de sa nouvelle maladie, comme pratiquement mort. A cet effet, et pour que nul n’ait à redire, il fut laissé alors au président français, à partir du sol français en cette dernière journée du mois de mai le soin d’informer solennellement les Algériens, à travers TV5, France 24 et RFI (ce choix n’est pas fortuit), de l’état de santé du chef de l’état : «Il lui sera prodigué tous les soins nécessaires et ensuite il aura à rentrer, j’espère le plus rapidement possible, chez lui». Dans la foulée, le chef de l’état français prit également la liberté d’une incursion dans le champ politique algérien, renseignant sur l’état des institutions et du programme politique de court terme du pays. «Il y a une solidité des institutions algériennes. C'est aux Algériens de déterminer leur avenir. Des élections sont prévues en 2014 et je fais confiance à ce processus». Brève fut l’allocution du président français, mais tout de même consistante. Nous apprîmes de sa bouche que le diagnostic vital du président algérien n’était point engagé et qu’il allait rentrer le plus rapidement possible chez lui. Nous apprîmes également et surtout à travers ‘‘la solidité des institutions’’, la remise en ordre de la hiérarchie pyramidale à l’intérieur des institutions algériennes en générale et des institutions militaire et présidentielle en particulier, ou en d’autres termes, la mise en échec du coup d’état aussi blanc fut-il. En affirmant également que ‘‘c’est aux Algériens de déterminer leur avenir’’, François Hollande exprimait beaucoup plus l’opposition de la France au coup de force que sa foi dans la joute électorale de 2014 (élections présidentielles).

En Algérie, beaucoup de médias se déchainèrent, s’acharnant principalement sur l’incapacité physique et mentale du président à gouverner le pays. Ils vont traiter pendant des mois, en long et en large de l’article 88 de la constitution. Des juristes, et des spécialistes de tout bord expliquaient à longueur de colonnes et d’émissions télévisées le contenu de cet article, tout autant que les conditions et modalités de son application.

Ces médias, pour certains, partie prenante depuis 2009 de la grande bataille menée dans le cadre de l’exécution du coup d’état à blanc n’admettaient pas la défaite, habitués qu’ils étaient d’être toujours vainqueurs sous l’armure représentative du fusil et de la baillonette, s’autoproclamant par ailleurs comme les messies de la démocratie. Et pour faire dans le prosélytisme, qui aurait pu imaginer cette maladie du Président de la République et du coup prévoir la possible utilisation de l’article 88 de la constitution pour le déposer et ainsi inclure expressément dans la grande purge qui affecta ‘‘ses proches’’ le président du conseil constitutionnel donné comme tel ? Le crime ne pouvait être parfait, et pour cause, le président du conseil constitutionnel avait échappé à la grande purge, il ne s’autosaisira point malgré une campagne médiatique des plus soutenue et peut être d’autres pressions comme savent si bien le faire les gens de l’ombre, pour déclarer l’incapacité de gouverner du chef de l’état. Nous nous sommes alors demandé si la maladie du président et son évacuation hors des terres algériennes ne lui fut pas des fois salvatrice.

Ils continueront pourtant à ne pas croire, quelque soit le signe d’ALLAH. Un autre signe dans le cas d’espèce ? Au mieux de sa santé, le président des Algériens n’exerçait, pendant plus de trois ans aux dires du conseiller de l’Elysée, que 5% de ses prérogatives. Malade et diminué physiquement, (après son AVC) il reprit, du moins officiellement, entièrement ses pouvoirs. L’article 88 quand à lui fut, au fil du temps, abandonné au compte des pertes et profits.

DJEDDOU Mayara.

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