La problématique de la mise à mort de l’Algérie Histoire de comprendre ( 1 )

Préambule :

En Algérie la guerre souterraine, celle des égouts, continue à faire rage entre les clans. La répression, les menaces, les emprisonnements, les manipulations, la corruption, la traitrise, la ruse, le mensonge, la calomnie, la désinformation, les diversions, les retournements, les ambitions démesurées et les destitutions constituent les armes de cette nouvelle sale guerre imposée aux Algériens. Observer uniquement et attendre dans l’abri du mutisme et de l’optimisme suffisant une décantation supposée salvatrice ou de moindre mal nous semble dans le meilleur des cas relever de l’ignorance, de l’irresponsabilité pour ne pas dire de lâcheté pour tout autre cas.

Pour autant, décider, se positionner, agir, voire libérer par l’action son âme et sa conscience, et ce faisant, marquer son engagement responsable en toute connaissance de cause au service de son pays et de son peuple commande, impose même, de faire absolument l’effort de comprendre. S’imprégner des motivations réelles de cette lutte de pouvoir, elle aussi non conventionnelle et c’est peu dire, revient d’abord à en identifier au travers de ses jeux d’ombre, les antagonistes et l’antagonisme.

Pour ce faire, nous nous en tiendrons dans notre approche aux faits et à leurs chronologies et très souvent sans même nous intéresser à leurs fondements qui au demeurant peuvent être ou ne pas être avérés. Il ne nous semble pas ici aussi très essentiel d’être exhaustif plutôt que démonstratif dans l’exposé ou l’interprétation des faits et dans ce cadre, nous nous limiterons, autant que faire se peut, à rendre compte de ce qui nous parait être le plus convaincant, le plus probant pour réussir une juste structuration des évènements en rapport avec l’objet. Nous veillerons autant que faire se peut à nous éloigner de tout esprit partisan dans cette approche et nous tenterons de respecter la plus stricte neutralité possible partant que nous sommes face à une problématique Algérie, une problématique de renaissance ou de mort lente d’un peuple, d’une nation..

Histoire de comprendre :

Dans son livre intitulé ‘‘Vingt ans et plus’’, l’ancien ambassadeur français à Malte rapporte les propos ci-dessous tenus en direction de Nicolas Sarkozy en 2010 par un de ses conseillers politiques : « En ce moment le président algérien fait face à un coup d’État à blanc. Les généraux lui ont mis un marché en mains. Ils le gardent, mais il n’exerce plus que 5% du pouvoir ». Le décor est ainsi planté. Si les propos du rapport verbal du conseiller du président français pèchent par un coté caricatural prononcé, aujourd’hui, l’examen des faits confirme nettement une tentative de déstabilisation à grande échelle du pouvoir exécutif en Algérie, étalée sur une période que l’on peut cadrer entre la fin du troisième trimestre 2009 et la fin du mois de mai 2013 pour l’essentiel, avec pour objectif le départ de Bouteflika à la fin de son troisième mandat.

Cette période (2009/2013) fut donc marquée par des évènements majeurs et une effervescence sociopolitique et forcément médiatique sans précédent et pour plus significatif elle fut caractérisée par:

1) Mise à l’écart des postes sensibles ou clefs de la république de tous ceux qui sont communément appelés : ‘‘les hommes du président’’.

2) Multiplication à travers le territoire national de grèves affectant principalement les secteurs de la santé, de l’éducation ainsi que de larges pans de l’économie national s’il est permis de nommer par économie un activisme de bazars. Explosion des protestations populaires, s’exprimant dans la rue, souvent anarchiquement, parfois avec violence affectant toutes les couches de la société, depuis les chômeurs (plus de 25% des jeunes) aux retraités.

3) Apparition d’une nouvelle opposition politique issue de différents courants qui soudainement se trouvèrent des affinités pour s’unir et se structurer, au moment ou les partis politiques dit de pouvoir s’autodéchiraient et s’éclipsaient ce faisant des préoccupations politiques nationales.

4) Intrusion illégale dans l’espace audiovisuel national de chaines de télévisions privées (offshore) qui étouffent complètement l’unique (toujours plus confinée que jamais dans la langue de bois) grâce à des lignes éditoriales très critiques essentiellement envers l’exécutif.

L’approche méthodologique de l’isolement d’un chef d’état, une spécialité algérienne:

C’est principalement sous le couvert de corruption, de trafic d’influence, de malversations dans l’application du code des marchés publics qu’une offensive médiatique de grande envergure entamée dès septembre 2009 fut menée à l’encontre des grandes sociétés comme la sonatrach, ou de grands projets comme la réalisation de l’autoroute Est-Ouest pour finir dans une logique planifiée par incriminer les responsables des secteurs concernés et par là, étendre la frappe en direction des hommes du Président.

D’autre part, et pour justifier l’existence d’un désaccord profond entre le directeur général de la sureté nationale et le ministre de l’intérieur en poste au moment des faits (autre figure de proue du clan présidentiel dont on voulait également la tête), des affaires de faux procès verbaux établis par les RG (renseignements généraux), de corruption, de trafic de drogue même, mettant en cause des grands cadres du corps de la police furent étalées au grand jour.

En novembre 2009, lors de l’inauguration d’une clinique de PMI de la sureté nationale à Oran, le directeur général de cette institution, à en croire la presse algérienne, loin d’être dupe aurait déclaré : je fais l’objet « d’une conspiration ». L’homme semblait très bien ressentir les effets des bouleversements climatiques en cours dans le sérail et sa déclaration avait une connotation prémonitoire puisqu’il fut assassiné en février 2010 à l’intérieur de son bureau par un de ses plus proches collaborateurs.

Et ainsi : En mai 2010, et supposé être en réponse à ce grand déballage, un remaniement ministériel mit fin à l’activité gouvernemental de Chakib KHELIL ministre de l’énergie et envoya au placard Abdelhamid TEMMAR en poste à l’industrie, Mohamed DJAABOUB au commerce et Yazid ZERHOUNI de l’intérieur entre autres. En juillet de la même année, un décret présidentiel mit fin aux fonctions du général major commandant la garde républicaine (Autre poste hautement stratégique occupé par un proche du président) et sa nomination comme Directeur Général de la Sureté National, poste vacant depuis l’assassinat du colonel Ali TOUNSI.

Toujours en juillet 2010, un autre décret présidentiel envoya à la retraite le général major Mohamed ZERHOUNI alors directeur de cabinet du ministre délégué auprès du ministre de la défense (Mohamed ZERHOUNI était donné par les observateurs comme étant le conseiller en matière de défense du président). De nombreuses autres figurent et dans beaucoup de domaines, initialement en orbite autour du président ou de ses proches furent également touchées, souvent dans le silence, par cette purge salissante, destinée à stériliser l’ensemble de ceux qui constituaient ou auraient pu constituer de par leur fonction, des soutiens au chef de l’état.

L’année 2011 fut quant à elle celle des grèves et des protestations populaires. Les Algériens, habitués à une santé au rabais souffrirent plus de la pénurie des médicaments, organisée, pour reprendre le terme d’un membre du syndicat du secteur, que de l’anarchie dans les centres de santé et de la grève de leur personnel. Dans le secteur de l’éducation, les grèves parachevaient la destruction du niveau scolaire malmené par plus de deux décennies d’une gestion chaotique d’un secteur transformé en chantier expérimental par des irresponsables hautement confirmés.

Cette année 2011 eut à supporter plus de mille cinq cent grèves (1500) tous secteurs confondus. D’autre part, les milieux généralement informés faisaient état de quelques 2777 mouvements de colère sur l’ensemble du territoire national en l’espace de cinq mois. Soit plus de 555 par mois ou quelques 19 par jour pour la période considérée et la tendance s’est poursuivie tout au long de l’année. La première manifestation populaire avait coïncidé avec le début de la révolution tunisienne, et la comparaison s’arrête là.

Cependant, le président restait toujours en place (comme annoncé par le conseiller du président français). Mieux, avec simplement les 5% des prérogatives dont il lui était fait grâce, le président faisait ou semblait faire quand même de la résistance. Aux grèves, il répondait par des augmentations de salaires. La presse, toujours calomnieuse, enfin les titres putschistes par tradition, ceux qui ont mené l’insidieuse ou la tendancieuse campagne ‘‘main propre’’, qualifiaient ‘‘ce réajustement des salaires’’ d’achat de la paix sociale. Le secrétaire général de l’UGTA de son coté jubilait et chantait la victoire des travailleurs.

Pour autant, ce beau monde négligeait totalement l’effet inflationniste d’une augmentation salariale sans création de richesse correspondante, tout comme du reste l’ampleur de l’inflation provoquée par suite de la dégringolade de la valeur du dinar. L’un dans l’autre, ces effets avaient eu pour résultat la flambé du cout de la vie en Algérie qui venait alimenter et attiser à son tour le feu de la colère des Algériens. Pour les ministres en charge du dossier, le mauvais temps, les spéculateurs, et la mauvaise gestion du potentiel régulateur, auraient désarçonné l’équilibre de l’offre et de la demande et seraient la cause de la hausse vertigineuse des prix.

L’année 2011 fut dans la douleur, clôturée (décembre) par le retour au pays de l’auteur du livre ‘‘la mafia des généraux’’ et aux affaires, par celui du général TARTAG. Sans aucun doute possible, l’année à venir promettait.

DJEDDOU Mayara.

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