Abdelkader HACHANI ou Le Réalisme génial de la lignée des grands

Il arriva par le train de l’est. Pour des raisons évidentes de sécurité, il descendit à la gare d’El Harrach évitant la gare centrale d’Alger. Il rejoignit ensuite la mosquée El Feth à Bab El Oued et prit aussitôt langue avec Abderrahim.A et Fouad. D. Chez ce dernier, sur les hauteurs d’Alger, ils passèrent tous ensemble une première nuit mémorable. Une nuit passée plus dans l’évaluation et la compréhension de la situation politique et sécuritaire qui prévalait dans le pays et au sein du Front Islamique du Salut qu’à dormir. Pour autant, il n’était point encore question de prospectives. HACHANI (Rahimahou ELLAH) demanda à ses hôtes de le mettre en contact avec le Cheikh Ahmed SAHNOUN ou le Cheikh Mohamed SAID (Rahimahoum ELLAH) ce qui fut fait dès le lendemain par l’intermédiaire de Samir. B.
Deux jours plus tard fut rendu public le premier communiqué de la cellule de crise lu par Mohamed SAID depuis la mosquée ENNOUR à Oued Qoreich, poursuivant dans le foulée par une conférence de presse le 9 juillet 1991 depuis l’APC de Kouba et au cours de laquelle le Cheikh fut arrêté manu militari.
Ainsi commença donc l’œuvre de reconstruction du FIS et l’une des plus belles marches du peuple algérien en direction du parachèvement de son indépendance sous la direction d’une lumière profonde de trente cinq ans d’âge.
Cette marche ou émancipation constructive fut cependant mise en échec par l’instrumentalisation de la raison de la force et du dictat des canons mis au service de psychopathes aux ambitions de pouvoir démesurées, malheureusement couvert par la compromission criminelle d’une opposition politique virtuelle, exigeant aujourd’hui une ‘‘démocratie’’ qu’elle avait elle-même de par son engagement aux cotés du pouvoir hier enterré. Pour l’opposition, ou ce qu’il convenait à l’époque de qualifier comme telle, les dizaines de morts et de blessés d’Alger, de Batna ou de Souk Ahras de juin 1991 étaient justifiés puisque ‘‘les chars étaient descendus dans le rue pour sauver la démocratie’’ contredisant l’enseignement pratique de l’histoire de l’humanité qui montre que les canons n’envahissent généralement les artères que pour consacrer l’alternance des dictatures.
Dans les faits, à l’arrivé de Abdelkader à Alger, le pays était au bord de l’explosion et pouvait basculer dans une violence généralisée à tout moment. Le FIS, décapité par l’arrestation de ses principaux leaders faisait parallèlement face à une manœuvre orchestrée par le pouvoir pour lui imposer une direction aux ordres, alors que par ailleurs un autre groupe, désirant une part du gâteau, négociait des portefeuilles ministériels avec le nouveau chef du gouvernement Sid Ahmed GHOZALI venu inaugurer et c’est le moins que l’on puisse dire, l’avènement du Harkisme politique en Algérie. Une période lourde, douloureuse et longue qui du reste se prolonge encore.
Il est aujourd’hui tout aussi fondamental qu’indispensable de rappeler qu’en l’absence de leadership, la base du FIS fit preuve d’une maturité politique remarquable et d’une fidélité exemplaire à ses dirigeants en refusant toutes les compromissions. Aux cris de ‘‘YA ALI YA ABBES EL DJEBHA RAHI LABES’’ ces militants et sympathisants affirmaient leur attachement plein et entier à la direction légale de leur parti politique, unique détentrice de la légitimité au moment. Ils firent par ailleurs échouer tous les complots destinés à opérer la mise aux pas ou la soumission du FIS, une force politique réelle, absolument indépendante et déterminée.
Etait-ce là le trait de génie du Cheikh Abdelkader HACHANI dans son approche de reconstruction de son parti ? Possible, toujours est il qu’Abdelkader n’a pas perdu son temps à tenter de joindre les membres du Madjless Echoura pour essayer de faire recoller les morceaux d’une institution brisée ou faire les pompiers dans certaines wilayas. Il chevaucha dès le départ le vecteur populaire en lui donnant un sens, une direction, une consistance, une légalité et la force nécessaire de l’action.
Pour ce faire, et sur le plan médiatique, Abdelkader eut, dès son arrivée à Alger, obtenu l’appui inconditionnel de l’équipe d’EL FORKANE qui se mit à publier en toute clandestinité la moitié de ses pages en arabe compensant ainsi l’arrêt d’EL MOUNKID. Il perdit cependant très vite, en l’espace de quelques jours seulement, un appui précieux, celui du Cheikh Mohamed Said arrêté et conduit à la prison militaire de Blida rejoindre les Chouyoukhs. Cette perte fut cependant partiellement compensée par l’arrivée des Cheikh Kacem TADJOURI, Larbi NOUI (rahimahoum ELLAH) et d’autres qui à ses cotés organisèrent les prés congrès précédant celui de Batna qui mit un point final à la remise en ordre du FIS. Totalement en phase avec leur foi, leurs convictions religieuses, et nonobstant leurs qualités humaines et intellectuelles supérieures, cette poignée d’homme faisait preuve d’une endurance tout à fait exemplaire dans l’action. Sous l’effet entrainant de leur leader, cette équipe dévoilait une capacité remarquable à assumer les plus contraignants des sacrifices physiques et moraux. Ce genre d’homme ne pouvait échouer. Et pourtant.
Avec le congrès de Batna, le FIS sous la conduite de Abdelkader venait de clore avec succès sa thérapie de reconstruction mettant en échec ceux qui prétendaient que comme le verre en tombant le FIS était définitivement brisé. Une nouvelle équipe de jeunes dirigeants et un nouveau bureau politique national provisoire vit le jour. Remarquons le terme ‘‘provisoire’’ du bureau national dont les membres affirmaient ainsi tacitement qu’ils ne constituaient qu’un substitut à la direction emprisonnée. Ils ressentaient cette succession comme une lourde charge pesant sur leurs épaules, et ne l’assumaient qu’avec le souci du devoir et l’unique objectif de poursuivre l’œuvre de leurs ainés. Par le terme de ‘‘provisoire’’ ils s’engageaient tout aussi implicitement à rendre le flambeau aux fondateurs légitimes du parti dès que faire se peut. A l’instar de leur base, cette équipe, arrivée légitimement à la direction du parti à travers un congrès exceptionnel, fit ainsi un sublime geste de fidélité mais aussi et surtout d’humilité et de modestie pour une équipe pleine de bon sens et à la tête sur les épaules. Une harmonie et une symbiose remarquables tant dans l’idée que dans l’action rattachaient la nouvelle direction à sa base. L’épreuve de confiance fut ainsi magistralement exécutée.
Abdelkader HACHANI sortit de la clandestinité à travers une conférence de presse organisée au cinéma Marignan de Bab El Oued inaugurant ainsi le retour officiel à l’action politique du Front Islamique du Salut qui s’installa au siège de la rue Khalifa Boukhalfa.
En permanente relation avec la direction emprisonnée grâce au militantisme d’hommes de loi, la jeune et nouvelle direction provisoire du FIS accumulait les réussites dans un environnement politique pourtant totalement hostile et eu à démontrer son aptitude et habilité politique dans la conduite de la campagne électorale pour les premières élections législatives pluralistes, libres et transparentes telles que reconnues par les hommes du pouvoir de l’époque. Nous avions eu à admirer durant cette période les capacités managériales et l’aptitude du Cheikh Abdelkader à gérer le potentiel humain. Un meneur d’hommes qui dirigeait avec une extrême aisance, une extrême habilité et qui savait tellement écouter avec son sourire légendaire qui ne quittait presque jamais son visage. Abdelkader, contrairement à tous les autres leaders de partis politiques engagés dans la joute électorale, avait refusé de percevoir l’aide de l’état destinée, conformément à la loi, au financement de la campagne électorale. Il recommanda au ministre de l’intérieur de l’époque d’affecter le montant destiné au FIS au soutien des prix du sucre et du café pour soulager la bourse des ménages algériens. La noblesse reste une caractéristique des âmes bien nées et Abdelkader était bien de ceux là.
La victoire du FIS aux législatives fut éclatante en ce 26 décembre 1991. Devançant le ministre de l’intérieur de plus de 2 heures, Abdelkader livra à la presse les résultats du scrutin qui ne souffrirent du reste d’aucune contestation. 188 sièges furent acquis au premier tour et le FIS était en ballotage favorable quasiment dans toutes les circonscriptions en jeu pour le deuxième tour.
Deux jours plus tard, le 28 décembre 1991, le ministre de l’information convoquait l’ensemble des éditeurs de la presse publique et privée de l’époque pour un débat ouvert sur ‘‘les voies et moyens pour dissoudre le FIS’’. Il demeure entendu que la décision de dissolution du FIS tout comme celle de mettre un frein au deuxième tour des législatives étaient donc déjà prises par le pouvoir réel et que cette réunion du ministre de tutelle avec la presse ne constituait qu’un ballon de sonde mesurant le degré d’adhésion de la presse à l’initiative des gens de l’ombre. La complicité de la presse fut totale et le 11 janvier 1992, le pouvoir de la force inaugurait en une première mondiale le 3 en 1.
Coup d’état contre le président de la république, contre la libre expression de la volonté populaire par l’arrêt du processus électoral et par la dissolution du FIS officieusement d’abord officiellement ensuite deux mois plus tard.
Les aventuriers avaient-ils mesuré la gravité de leurs actions ? Certainement puisque à en croire le colonel Samraoui, un général du DRS Smail Lamari se disait prêt, pour ne pas abandonner le pouvoir, à envoyer 3 millions d’algériens manger des pissenlits par la racine, alors que le ministre de l’information feu Aboubaker BELKAID faisait état selon les confidences du journal Le Soir du 13 aout 2012, que les militaires pour mener à bien leurs coups prévoyaient la mort de 60 000 algériens. Rien que ça.
Aux 3 en 1 de l’agression d’un peuple, venait s’ajouter l’ouverture des camps du Sud, ou des dizaines de milliers d’algériens furent déportés pour certains dans des camps ou les radiations nucléaires toujours intenses existaient depuis les essais effectués dans ces régions par le colonialisme.
Pour autant, les trois fronts vainqueurs des législatives du 26 décembre 1991 et représentés en l’occurrence par Monsieur Hocine AIT AHMED (qu’ALLAH lui prête vie), monsieur Abdelhamid MEHRI (Rahimahou ELLAH) et le martyr Abdelkader HACHANI se réunirent pour une évaluation de la situation en cours dans le pays. Ils convinrent à l’unissons d’éviter de suivre les provocations du pouvoir qui cherchait coute que coute à faire basculer le pays dans la violence pour justifier ensuite le retour sur tous les acquis de la révolution d’octobre 1988. Ce qui fut en définitive réellement fait.
Pour bâillonner l’action des appels au calme des dirigeants du FIS en direction des algériens dépossédés de leurs citoyenneté, Abdelkader HACHANI fut enlevé le 22 janvier 1992 au niveau de Bachdjerrah après que son véhicule fut contraint à stopper dans des conditions rocambolesques. Le 23 janvier 1992 la gendarmerie nationale se présenta en force au siège du journal EL FORKANE, en perquisitionna les locaux avant de les sceller. La direction d’EL FORKANE fut arrêtée par la gendarmerie le 26 Janvier 1992 et le 2 ou 3 février fut arrêté R. KEBIR. Les arrestations aléatoires se multipliaient au sein des islamistes. Les commissariats étaient totalement encombrés, les prisons se remplissaient et les camps du sud regorgeaient d’algériens. Le pouvoir ouvrit ainsi les portes à tous les errements forçant le pays à basculer dans une violence programmée, destinée à justifier la fin de récréation de la constitution de 1989 et le retour aux années de plomb. Ils étaient dans la rue pour sauver la démocratie disait-on toute honte bue, cherchant à faire admettre aux algériens et au monde que les ténèbres étaient capable de chasser l’obscurité.
Homme de paix dites-vous ? Libre, Abdelkader HACHANI évita en juin 1991à l’Algérie de s’installer dans la violence. Emprisonné, il assista impuissant à la descente en enfer de son pays.
Abdelkader HACHANI demeura près de six ans dans la tristement célèbre prison de Serkadji avant de revenir sur la scène politique en ce deuxième semestre de 1997. Il fut égal ou encore supérieur à lui-même. Nous rapporterons cette période en tant utile.
Et tant qu’il y aura des hommes.

JEDDOU Mayara

Ce dernier déclarait plus tard ‘‘Le FIS voulait faire tomber mon gouvernement et il eut gain de cause’’. Pour les besoins de l’histoire, mais aussi en rappel à ce qui peut s’apparenter à une perte de mémoire volontaire, le FIS en déclenchant une grève politique n’exerçait pas plus qu’un droit constitutionnel pour exiger le retrait de la loi portant nouveau découpage électoral élaborée sur mesure pour la circonstance et il l’obtint, dont acte.

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