Coup d’Etat avorté ou action du monstre institutionnel

          Dans l’exercice du pouvoir et, conformément au droit défini par les lois de la République, la légitimité hiérarchise et  responsabilise, tout autant l’action que les rapports humains et institutionnels. Unique détenteur de cette légitimité, le peuple a le droit et le devoir, à l’aide de dispositions légales, d’arbitrer aux manquements, aux égarements et déviations qui résulteraient de l’exercice des différentes fonctions du pouvoir. L’illégitimité d’un pouvoir, corollaire de l’illégalité, traduit l’existence d’une conjonction d’intérêts multiples, souvent conflictuels, entre des personnes et groupes aux ambitions démesurées qui usurpent par la force le droit des peuples à choisir librement plus que leurs dirigeants, leur voie.

          Du fait de l’existence forcé d’un déséquilibre dans les rapports de forces de ses éléments constitutifs, l’illégitimité pour fonctionner a  besoin nécessairement d’élaborer des contrats. Les deals ainsi réalisés  scellent en général les limites des champs d’intervention, des prérogatives ainsi que les responsabilités des protagonistes exerçant collégialement et illégalement le Pouvoir. Bouteflika ne disait-il pas, au tout début de son premier mandat, qu’il avait des lignes rouges à ne pas franchir ? S’il n’en donne pas la teneur, Il fait néanmoins indéniablement part, de l’existence de dispositions contractuelles auxquelles lui même, autorité suprême et premier magistrat du pays doit se soumettre. Ces deals qui, mis bout à bout forment communément ‘‘le régime’’ donnent très souvent naissance à des monstres. Des monstres institutionnels qui à leur apogée finissent par s’émanciper des tutelles et arrivent parfois à happer et broyer jusqu’à leurs concepteurs. Comment ?

          Comme rien n’est immuable, les deals ne sont pas éternels, principalement entre ceux qui fragilisés à l’extrême par leur illégitimité viennent à subir, en plus des contradictions internes et des conflits d’intérêts inhérents à la rente, les dictats des grands maitres occidentaux tourmentés de leur coté par les effets de la crise économique mondiale et les bouleversements géostratégiques qui affectent la planète. Les clivages naturels aidant, les équilibres contractuels cassent et si ce n’était en définitive que l’étranglement toujours et encore des Algériens, nous aurions fait notre l’adage populaire qui dit ‘‘De la manière que tu contrains, tu subiras’’. (Kama tadinou, toudane)

           Analysant les derniers évènements survenus en Algérie, (La déclaration du 31 mai 2013 du chef de l’Etat français, la remise d’ordre même contestée au FLN, les changements à l’intérieur de la chaine de commandement, au niveau organique et structurel du DRS, le remaniement profond du gouvernement, les déclarations du secrétaire général du FLN etc…) les rues de la capitale bruissent de murmures, de rumeurs et de sous entendus qui pour être divergents sur leurs tenants et aboutissants se rejoignent pour qualifier globalement ces faits comme étant les conséquences logiques, ou les répliques naturelles qui accompagnent généralement les  tentatives de coups d’état avortés. Un coup de force qui à l’origine avançait, masqué, à en croire la rue, derrière une campagne anticorruption chassant sur des terres ciblées, avant de se camoufler ensuite, avec la maladie du chef de l’Etat, à l’intérieur de l’article 88 de la constitution pour exécuter le renversement arrêté et programmé de Bouteflika mais pas seulement, le plus important étant la mise à la retraite du patron du DRS.  Vrai ou faux, toujours est-il que la rue accusait la presse privée et une partie de la classe politique d’être, comme à leur habitude, le fer de lance d’une manœuvre destinée à manipuler  les opinions publiques nationale et internationale et les préparer à avaler la couleuvre.

En effet, les initiés de la scène politique algérienne estimaient que la campagne de presse orientée en direction des hommes du Président n’était pas dirigée uniquement contre Bouteflika. Pour mémoire, il suffit pour s’en persuader disent-ils, de surfer sur le net en s’aidant d’un moteur de recherche et de comptabiliser le nombre de papier pondu en 2012 sur le DRS, uniquement par la presse algérienne, pour s’apercevoir que le patron de cette structure n’était nullement épargné par ‘‘le complot’’. La lettre de monsieur Hocine MALTI n’est ensuite venue que pour saler le festin des vampires. Qu’est ce qui fit naitre ce courage subit au sein du microcosme de la presse privée algérienne ne cessaient de questionner les Algériens? Avec un colonel du DRS à la baguette au niveau des rédactions, (il vient de faire valoir ses droits à la retraite) il est permis de se poser des questions sur les comment et pourquoi de la publication de toutes ces dissertations sur le DRS, tout comme il est permis de se poser des questions ensuite sur l’identité des commanditaires de ces articles qui en leur temps semblaient défier les lois de la censure algérienne tellement rigoureuse par ailleurs.

          Dans ce cadre, un observateur fissiste, s’offusque. Est indéniablement qualifié de coup d’état estime t-il, le renversement illégal  et  par la force d’un Pouvoir légitime comme par exemple celui opéré en Egypte contre le Dr MORSI ou le coup d’état du 11 janvier 1992 dirigé contre le Front Islamique du Salut. A l’inverse, faut-il qualifier de coup d’état poursuit-il, le renversement de la dictature des colonels au Portugal par l’armé qui eu ensuite a collaborer à l’instauration d’un pouvoir légitime dans ce pays ? Troisième cas de figure, est-il permis de qualifier de tentative de coup d’état avorté, et considérant la nature du pouvoir algérien, la gesticulation d’individus ou groupes d’individus, tous illégitimes et parvenus de surcroit, qui rompent leur contrat et s’entredéchirent pour un ‘‘Pouvoir’’ qui consacrera encore et toujours et quel que soit le vainqueur l’illégitimité absolue dans notre pays pour toujours plus de servilité et de soumission? Il serait tout aussi faux de traduire ces faits en les qualifiant comme étant une simple et classique lutte de clans (clan présidentiel/clan de l’armée) car la revue de la ligne de front met en valeur des alliances, qui auraient pu être qualifiées d’impossibles il y a peu, et ainsi, le qualificatif de ‘’clan’’ serait inapproprié pour qualifier les vainqueurs du moment.  

D’où puise le Président cette force morale et cette vigueur qui lui ont permis d’entreprendre l’ensemble des actions qui lui sont imputables depuis son retour de France, lui si diminué par la maladie, tonne encore notre interlocuteur ? Qu’on ne se trompe pas, poursuit notre observateur, le chef de l’Etat à eu à rejouer dans cette affaire, uniquement et exactement le rôle qui fut le sien dans ‘‘la réconciliation nationale’’, autrement dit, légaliser simplement, de par sa fonction et les prérogatives qui sont les siennes, les initiatives sus nommées et rapportées par la presse et qui seraient loin d’être les siennes comme de bien entendu. Des contrats se seraient donc rompus ou est ce simplement un bâillement du monstre ? un volcan qui respire, qui fume pour mieux s’assoupir ? Toujours est-il que ceux qui quelques mois auparavant tenaient le manche et menaient le bal ont vite fait de se retrouver pour certains à la retraite,  pour d’autres dans le no man’s land ‘‘des disparus’’ car sans nouvelles officielles les concernant.

         

          Il faut continuer à vivre, et pourtant, le peuple algérien, au même titre que la véritable opposition politique, ne peut adhérer à la construction d’un état civil, unilatéralement déclaré, conçu certainement à la va vite dans l’imaginaire du monstre, se voulant être l’appât destiné à faire mordre au projet en cours et dont nous ignorons jusqu’aux simples contours, tout ceux qui ont faim et soif de libertés, de progrès, de justice, d’égalité dans les droits et devoirs, bref tous ceux qui rêvent de donner au monstre les traits de la condition humaine. Cette œuvre gigantesque et magistrale dans l’absolue qu’est l’état civil, l’état de droit, ne peut se construire qu’avec l’ensemble des algériens, à travers leurs représentants, dûment mandatés. Elle ne peut en aucun cas être extraite par césarienne du corps de la bête par un Frankenstein isolé, plus à la recherche d’appui politique au régime que soucieux de l’intérêt des Algériens.  Osez un écho en direction du cheikh Ali Benhadj et de tous ceux qui appellent à une période de transition si vous êtes sincères. Osez vous reposer sur le peuple algérien pour, non pas promulguer mais prendre le temps à travers une période de transition de construire cet œuvre d’art qu’est l’Etat de droit si vous êtes véridiques (ان كنتم صادقين).

         Tous ceux qui sont déjà tombés, tombent ou tomberont après la présidentielle et plus tard ne sont  et ne seront que les victimes de ce monstre institutionnel qu’ils avaient eux même de leurs mains façonné. Monstre institutionnel, l’illégitimité ne sera vaincue que par la légitimité seule source réelle de stabilité et de souveraineté, unique garant messieurs de l’Etat ‘‘civil’’.

Fouad Delici     

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