L’ EMBUSCADE

                                               

         L’interview accordée par monsieur Khaled NEZZAR à la chaîne satellitaire ENNAHAR est truffée de contre vérités, et pouvait-il en être autrement ? Pouvait on espérer un instant entendre la vérité fut elle douloureuse de la part d’un homme, actuellement sous la protection du Pouvoir politique et la puissance de 200 milliards de dollars par temps de crise monétaire, pour esquiver la justice de plusieurs pays ? Il y a certainement panique en la demeure sachant par ailleurs que l’ONG plaignante affirme l’existence de 16 autres dossiers similaires.

                    Qualifié à l’apogée de sa carrière de l’homme fort du pays (l’était-il réellement face à une population socialement, structurellement, économiquement réellement «affaiblie » par l’un des régimes policiers les plus despotiques et prédateurs qu’ont eu à connaître les hommes ? Et, était-il réellement fort considérant la manière dont il fut éconduit par ses pairs de son poste à 54 ans ?), on a découvert un homme, essayant avec une velléité prononcée, plutôt mal que bien à vouloir faire endosser toutes les responsabilités du malheur de l’Algérie à l’appareil politique se dédouanant de tout et de rien.

                    Sur beaucoup, la déclaration de l’ex général ne mérite même pas que l’on s’y attarde, mais sur deux évènements, les faits tels que rapportés donnent la nausée et à ce titre, on ne peut taire notre témoignage sur au moins un évènement (Pour le moment) que nous considérons comme majeur dans l’histoire contemporaine de l’Algérie en général et du mouvement islamique algérien en particulier. Un évènement que nous avons intensément vécu de bout en bout.

Octobre 1988

                    Sans entrer dans le détail, rappelons juste que l’Algérie, étranglée par des besoins financiers incompressibles était sujette à des pressions internationales insupportables, et entre autres, cette exigence d’une plus grande démocratisation du système politique. Des émeutes, se voulant êtres contrôlées pour justifier l’ouverture planifiée, dérapèrent avec l’entrée en scène des islamistes emmenés par le cheikh Ali BENHADJ. Plus tard et aujourd’hui encore, le pouvoir et les média publics et privés affiliés crient à la récupération lorsqu’il s’agissait pour Ali BENHADJ d’une action naturelle qui ne faisait que traduire dans les faits toute son opposition politique à un régime désuet et son plein engagement aux côtés des Algériens. Au demeurant, il venait à peine de terminer une condamnation de 5 ans de prison prononcée par la cour de sûreté de l’état de Médéa au motif fallacieux d’atteinte justement à cette sûreté de l’Etat. Son action de redressement  et de mise en scène des revendications politiques profondes du peuple algérien constituait ce grain de sable dans la machine du Pouvoir qui faussa toute la donne. La manipulation de la population par le pouvoir a mal fonctionné d’où le massacre organisé d’octobre.

Les Faits
                    Dans un prêche prononcé quelques jours auparavant, soit le 7 octobre depuis la mosquée ESSUNNA de Bab El Oued, le Cheikh Ali BENHADJ avait appelé à une marche pour le 10 du même mois. A partir de la mosquée de Belcourt, les manifestants devaient rejoindre Bab El Oued en portant haut les revendications politiques contenues dans un manifeste qui allait être rendu public juste après la prière du DOHR le jour de la manifestation.

                    Ce 10 octobre 1988 et après la prière du DHOR, les présents à Belcourt attendant le Cheikh Ali furent étonnés de voir le Cheikh Ahmed SAHNOUN (Rahimahou ELLAH) s’avancer et prendre la parole. Le Cheikh Ali BENHADJ restait invisible. Sous le bruit assourdissant d’un hélicoptère de l’armée qui tournoyait à basse altitude, le Cheikh SAHNOUN expliquaient aux fidèles qu’en répondant aussi nombreux à l’appel, ils marquaient leur fidélité et engagement à la cause de la liberté et qu’ils avaient ainsi totalement et pleinement accomplis la mission à laquelle ils étaient conviés. Il conjurait ensuite les présents à se séparer et à partir dans le calme, en petits groupes et de ne point répondre aux provocations de toutes sortes et de toutes origines car avait-il dit à la foule, il avait été informé la veille que les services de sécurité avaient reçus l’ordre de tirer sur les manifestants.

                    A cet effet, il avait appelé le Cheikh Ali BENHADJ en lui expliquant les plans du Pouvoir et lui demandant de renoncer à son projet. Le Cheikh Ali de par son éducation et le respect qu’il vouait à l’action politique de son aîné et maître ne pouvait lui désobéir d’où son absence et la présence du Cheikh SAHNOUN à la mosquée de Belcourt ce 10 octobre à la prière du DOHR.

                    Jean Rivoire dans son livre « françalgérie » rapporte qu’une personne proche à la fois du Cheikh SAHNOUN et des services de sécurité avait été mandatée par ces derniers pour informer le Cheikh sur les évènements à venir lui demandant d’user de son influence pour empêcher la manifestation.

                    Les jeunes présents au rendez-vous obéirent au grand Cheikh qui jouissait de la considération et du respect de tous les islamistes algériens. Depuis Belcourt tous ceux qui habitaient à l’Est de la capitale s’en retournèrent tournant le dos à Bab El Oued échappant à la mort. Il en fut cependant autrement pour tous ceux qui habitaient Bab El Oued, Oued Koriche, Zeghara, Bologhine etc… Ceux là, dans le calme et depuis le quartier de Belcourt traversèrent la place du 1er Mai, empruntèrent le boulevard colonel Amirouche, le boulevard Zirout Youcef pour rejoindre la place des martyrs. A partir de là, certains prirent l’avenue du 1er novembre lorsque d’autres prirent la rue Bab El Oued longeant la mosquée Ali BETCHINE pour rejoindre naturellement la place du lycée Emir Abdelkader.    

                    C’est pratiquement au milieu de cette place et au moment de la jonction des deux groupes que l’enfer eut lieu. Les forces de sécurités présentes sur les lieux ouvrirent le feu une fois les jeunes complètement dans la place Emir. Des jeunes tentant de fuir par les escaliers situés entre le Lycée et le « jardin marengo » furent cueillis dès les premières marches.  

                    Lorsque le vacarme des balles cessa, il laissa place aux cris des blessés et râle des mourants. Très rapidement les ambulances affluèrent récupérant morts et blessés laissant ensuite la place aux pompiers chargés de laver le sang qui colorait de rouge l’asphalte et les murs.

                    Commentant l’évènement les jours suivants, la presse croyait savoir qu'un (ou des) individu avait provoqué le massacre en tirant en direction des militaires présents sur les lieux et provoquant la riposte. Une manière comme une autre de justifier l’injustifiable et d’absoudre les commanditaires ou les donneurs d’ordres et la thèse toute fissurée pouvait se tenir et quand même tromper ceux qui ne pouvaient s’informer qu’à travers les journaux, tous étatiques à l’époque.

                    Cependant, le Cheikh SAHNOUN avait été informé que l’on allait tirer sur la foule, et avait fait le déplacement à Belcourt pour en informer les fidèles et éviter l’hécatombe. Mieux, l’informateur du Cheikh avait informé en retour les responsables concernés et chargés du dossier au niveau du Pouvoir quant à l’initiative qu’allait entreprendre le Cheikh auprès des éventuels marcheurs pour éviter le drame ce qui a été reconnu par l’ex général dans son intervention sur la chaîne ENNAHAR  et ainsi, quoi que l’on fasse ou l’on dise il est permis de qualifier cet évènement « d’embuscade » au regard  du caractère manifeste de la préméditation.

                    Pour l’ex général, les manifestants étaient arrivés aux trois horloges (cœur de Bab El Oued) et suite au tir en l’air d’un militaire qui aurait paniqué, refluèrent dans un grand mouvement de panique vers la place du Lycée Emir Abdelkader distante selon ses propos et celui de l’animateur de l’émission de 200 à 300m  d’où le drame. A toutes fins utiles, rappelons qu’il faut suivre depuis les trois horloges toute la rue colonel Lotfi (ex avenue de la Bouzaréah) d’une longueur au bas mot de plus de 800m pour aboutir à la place de l’ex Faisan d’or aujourd’hui place Taleb Abderrahmane qu’il faut traverser, emprunter ensuite l’avenue Ahmed BOUBELLA (Ex avenue de la Marne) jusqu’à son terme (environ 400m) pour aboutir à la place du Lycée Emir Abdelkader. Il y aurait donc quelques 1200m entre les deux places sachant qu’un mouvement de foule s’estompe aisément dans les 50 à 100m et spécialement par les rues adjacentes (au nombre de 6) permettant aux fuyards de rejoindre, dans le cas d’espèce, l’avenue LASKRI Hacène ou même plus loin l’ex avenue Montaigne.

Encore que l’ex général ne nous dit pas comment et par quelle voie les manifestants seraient arrivés aux trois horloges, ni comment la tragédie fit autant de victimes alors que selon ses propos les marcheurs arrivaient depuis l’avenue Ahmed BOUBELA sur la place du Lycée Emir Abdelkader et auraient pu bénéficier auquel cas de la protection des grandes arcades (environ 1m de coté) de la dite avenue pour se protéger des balles.

                   Pour l’histoire d’une part et pour commémorer ce 10 octobre 2012 d’autre part on ne pouvait se permettre de laisser sous silence la vérité n’espérant pour autant absolument rien de la justice algérienne et encore moins de la justice internationale fonctionnant au rythme des intérêts et dans laquelle nous n’avons du reste aucune confiance, nous sommes juste persuadés, quasi certain que nul, quelque soit son rang dans ce bas monde, ne pourrait échapper à la justice divine. Cela nous suffit.

Fouad DELICI

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